ÉDITORIAL DK NEWS DU JOUR Doléances en ligne : quand la numérisation met l’administration à l’épreuve de la confiance citoyenne

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La transformation numérique de l’administration publique algérienne franchit une nouvelle étape.
Jeudi dernier, en fin de journée, le ministère de la Poste et des Télécommunications a officiellement lancé son nouveau portail numérique baptisé « Insat », dédié à la prise en charge des doléances des citoyens.
Une initiative qui s’inscrit dans la dynamique nationale de modernisation des services publics et de rapprochement entre l’administration et l’usager.
Accessible via la plateforme https://insat.mpt.gov.dz, ce portail permet aux citoyens de déposer en ligne leurs réclamations, suggestions et demandes d’audience liées aux services postaux et aux télécommunications électroniques.

Dès la première connexion, une référence insistante attire l’attention : celle à la loi 18-07 relative à la protection des données à caractère personnel.
Une mention loin d’être anodine, tant les informations demandées au citoyen sont précises et sensibles.
Cette loi, rappelons-le, encadre strictement le traitement des données personnelles afin de garantir le respect de la dignité humaine, de la vie privée et des libertés fondamentales.
Le ministère semble vouloir rassurer en amont sur l’usage des données collectées, dans un contexte où la méfiance vis-à-vis des plateformes numériques demeure perceptible.
Il est vrai que le formulaire en ligne exige l’identification complète du plaignant, notamment lorsqu’il s’agit de dénonciations, afin de prévenir les abus, les règlements de comptes anonymes et les usages malveillants.
Au-delà de l’aspect technique, Insat marque une rupture symbolique avec les méthodes traditionnelles de traitement des doléances.

Longtemps, les citoyens ont dû se contenter du célèbre numéro « 12 », ou du registre des doléances relégué dans un coin d’administration, souvent sans retour ni suivi.
Aujourd’hui, le spectre des réclamations s’élargit bien au-delà des simples dérangements techniques, englobant désormais l’ensemble des services postaux et des télécommunications.
Toutefois, une question essentielle demeure : ce portail sera-t-il réellement opérationnel et efficace ? La crédibilité de cette initiative repose moins sur son existence que sur sa capacité à assurer un suivi rigoureux, des réponses claires et des délais raisonnables. Sans cela, la plateforme risquerait de reproduire les travers du registre papier, souvent perçu comme un simple alibi administratif.
Dans cette optique, certains observateurs estiment que le ministère aurait gagné à désigner publiquement un responsable clairement identifié, chargé du suivi des doléances.
Un interlocuteur visible, incarnant l’engagement de l’administration, aurait renforcé la relation de confiance.

À défaut, l’adresse électronique exigée pourrait servir de canal d’échange direct et transparent avec le citoyen, à condition que les réponses soient effectives.
En lançant Insat, le ministère de la Poste se positionne comme précurseur dans la volonté affichée de proximité avec le citoyen.
Une démarche qui ouvre la voie aux autres départements ministériels et qui pourrait, si elle est menée avec sérieux, contribuer à restaurer la confiance, encourager la participation citoyenne et améliorer le fonctionnement des institutions publiques.
Innovation prometteuse ou simple vitrine numérique ? L’avenir dira si cette plateforme tiendra ses promesses.
Une chose est sûre : la numérisation, pour être vertueuse, doit impérativement s’accompagner d’une culture de responsabilité, de transparence et de réponse.

REDACTION

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