Ce qui devait être un dispositif social et économique au service des citoyens est en passe de se transformer en un marché parallèle juteux, nourri par la fraude, l’opportunisme et la prédation organisée.
L’allocation touristique de 750 euros, instituée par le président de la République pour permettre aux familles et aux particuliers de voyager légalement et dignement à l’étranger, est aujourd’hui détournée de sa vocation initiale par des réseaux bien rodés, au croisement des agences de voyages douteuses, du transport clandestin et du trafic de devises.
Ce que l’on pensait être des dérives isolées s’apparente désormais à une véritable rente organisée, exploitant sans scrupule une frange vulnérable de la société : les jeunes chômeurs, notamment ceux bénéficiant de l’allocation chômage récemment revalorisée à 24 000 dinars.
Ciblés, instrumentalisés et parfois pleinement conscients des risques, ces jeunes deviennent les maillons faibles d’un système où la fraude est déguisée en opportunité.
Les autorités publiques n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts.
Un cadre juridique clair, un dispositif bancaire encadré et des procédures administratives strictes ont été mis en place afin que l’allocation touristique soit versée dans le respect des règles.
Mais face à l’ingéniosité malsaine de certains réseaux, les garde-fous ont été contournés.
Des agences de voyages – ou se présentant comme telles – ont trouvé le moyen de monnayer l’accès à l’allocation, réalisant au passage des marges confortables sur des fonds destinés initialement au bien-être des citoyens.
Les révélations faites récemment par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, devant le Conseil de la nation, ont levé le voile sur l’ampleur du phénomène.
Les chiffres donnent le vertige : près de 100 000 chômeurs exploités, 500 bus ayant franchi les frontières vers la Tunisie en l’espace de deux mois, et un trafic jugé suffisamment anormal pour alerter également les autorités tunisiennes.
Le procédé est aussi simple qu’illégal : une entrée régulière sur le territoire tunisien, suivie d’un retour clandestin afin d’échapper aux contrôles et de recycler l’allocation sur le marché parallèle.
Cette situation pose une question centrale : comment un dispositif d’aide légale a-t-il pu devenir une source d’enrichissement illicite à grande échelle ? La réponse tient autant à la cupidité de certains opérateurs qu’à la fragilité sociale exploitée sans état d’âme.
Elle révèle aussi l’existence d’un écosystème parallèle, toujours prompt à capter la moindre mesure étatique pour en faire un levier de profit illégal.
L’intervention récente de la Banque d’Algérie pour freiner cette hémorragie financière témoigne de la gravité de la situation.
Il ne s’agit pas seulement de stopper une fraude, mais de préserver la crédibilité de l’État, la confiance des citoyens et l’intégrité des politiques publiques.
Car au-delà des montants en jeu, c’est l’esprit même de la solidarité nationale qui est menacé. L’affaire n’en est qu’à ses débuts.
Les enquêtes se poursuivent et devront aller jusqu’au bout, sans complaisance ni demi-mesure.
Identifier les responsables, démanteler les réseaux et sanctionner les coupables est aujourd’hui une nécessité absolue.
À défaut, l’allocation touristique risque de devenir le symbole d’une bonne intention détournée, et les 750 euros d’un rêve de vacances transformés en butin de la fraude organisée.
REDACTION
