L’Algérie s’apprête à franchir une étape décisive dans le renforcement de sa souveraineté numérique et la modernisation de ses infrastructures de télécommunications.
À Alger, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a annoncé la prochaine pose de la première pierre d’un nouveau câble sous-marin reliant le pays au réseau international des télécommunications.
Un projet d’envergure, à forte portée stratégique, destiné à accroître significativement la capacité et la vitesse de l’Internet national, tout en consolidant la place de l’Algérie dans l’architecture numérique régionale et internationale.
S’exprimant lors de l’émission « First Forum » diffusée sur la Chaîne 1 de la Radio nationale, le ministre a précisé que ce câble sous-marin apportera une capacité supplémentaire estimée à 10,2 téraoctets.
Un renforcement majeur qui permettra de fluidifier le trafic numérique, de réduire la latence et d’absorber la croissance exponentielle de la demande en services Internet, portée par la généralisation des usages numériques, le développement des services en ligne et l’essor de l’économie digitale.
Ce projet s’inscrit dans une vision globale visant à doter l’Algérie d’une infrastructure robuste, résiliente et adaptée aux standards internationaux.
Pour Sid Ali Zerrouki, la modernisation du secteur des télécommunications n’est plus une option, mais une nécessité impérieuse.
Il a rappelé que le lancement de la cinquième génération de téléphonie mobile est effectif depuis le 3 décembre dernier, marquant l’entrée officielle du pays dans l’ère de la 5G.
Le déploiement se fait de manière progressive et encadrée, ciblant dans un premier temps certaines régions, avant une généralisation à l’ensemble du territoire national.
Cette approche graduelle vise à garantir la qualité du service, la sécurité des réseaux et la maîtrise technique du processus.
Le ministre a tenu à souligner que les opérateurs de téléphonie mobile disposent aujourd’hui des capacités techniques nécessaires pour développer leurs réseaux et intégrer les technologies de nouvelle génération.
Contrairement à certaines idées reçues, l’Algérie n’a pas accusé de retard dans le lancement de la 5G.
Elle a, au contraire, privilégié une phase de préparation approfondie, tant sur le plan juridique que technique.
Un travail rigoureux a été mené en amont, notamment en matière de gestion du spectre de fréquences, considéré comme un pilier fondamental de tout système de télécommunications performant.
Dans cette optique, Sid Ali Zerrouki a évoqué la possibilité d’exploiter l’infrastructure existante de la 4G afin de faciliter le déploiement progressif de la 5G.
Cette stratégie hybride permettrait de limiter les coûts particulièrement élevés liés à la mise en place d’un réseau entièrement basé sur la cinquième génération, tout en offrant des performances satisfaisantes en termes de débit, de stabilité et de qualité de service.
Cette phase transitoire, susceptible de s’étendre sur une période pouvant aller jusqu’à cinq ans, permettra aux utilisateurs d’adopter progressivement les nouvelles technologies, avant une migration complète vers des infrastructures pleinement compatibles avec la 5G.
Pour accompagner cette transition, un plan global a été élaboré par le ministère, en étroite coordination avec l’Autorité de régulation et l’ensemble des institutions concernées, y compris celles chargées de la cybersécurité.
Des normes claires et strictes ont été définies afin d’assurer aux citoyens des services à la fois performants et sécurisés.
Le ministre a insisté sur le fait que les objectifs de la 5G dépassent largement ceux de la quatrième génération, avec l’ambition d’opérer un véritable saut qualitatif en matière de rapidité de traitement de l’information, de capacité de connexion simultanée et de fiabilité des réseaux.
Abordant les perspectives d’application de la 5G, Sid Ali Zerrouki a expliqué que cette technologie, initialement cantonnée à des usages limités, connaît aujourd’hui un essor remarquable, notamment grâce aux avancées rapides de l’intelligence artificielle.
Les domaines d’application se sont considérablement élargis, rendant l’exploitation optimale de la 5G plus accessible et plus pertinente.
L’Algérie ambitionne ainsi de tirer parti de cette technologie dans des secteurs stratégiques tels que l’agriculture intelligente, la télémédecine, l’éducation numérique, les transports intelligents et l’industrie connectée.
Parallèlement à ces avancées, le ministre a mis en avant les progrès significatifs réalisés dans le domaine de la fibre optique.
Le nombre d’abonnés raccordés a atteint 2,9 millions, un seuil qui devrait être dépassé dans les prochains mois pour franchir la barre symbolique des 3 millions.
L’objectif affiché est de généraliser ce type de connexion à l’horizon 2027, avec un total de 6,7 millions d’abonnés, permettant ainsi d’offrir un accès Internet haut débit stable et performant à une large majorité de la population.
Le réseau national de fibres optiques s’étend désormais jusqu’aux frontières de la Mauritanie et du Niger, renforçant le rôle de l’Algérie en tant que hub numérique régional.
Dans ce cadre, le ministre a rappelé l’engagement du pays en faveur de la souveraineté numérique africaine, illustré par l’adoption de la « Déclaration d’Alger » sur les plateformes numériques équitables, sûres et responsables en Afrique, ratifiée le 7 décembre à Alger.
Cette initiative s’accompagne d’un plan d’action ambitieux visant à protéger les données du continent et à promouvoir un environnement numérique plus équilibré.
Enfin, Sid Ali Zerrouki a évoqué les efforts soutenus déployés dans le secteur postal.
Les programmes d’extension du réseau et de modernisation se poursuivent, avec une montée en puissance notable des services numériques d’Algérie Poste.
En 2024, 83 millions de transactions ont été réalisées via la carte Edahabia, contre 150 millions cette année.
L’objectif fixé est d’atteindre, d’ici deux ans environ, un milliard de transactions annuelles, notamment grâce au lancement d’une nouvelle application et à la mise en place d’un compte permettant les transactions commerciales sans recours au liquide.
À travers ces projets structurants, les autorités entendent poser les fondations d’un écosystème numérique performant, inclusif et souverain, capable d’accompagner durablement la transformation économique et sociale de l’Algérie, tout en la positionnant comme un acteur majeur du numérique en Afrique et en Méditerranée.
R. E.
