Depuis plusieurs années, les routes algériennes se sont transformées en un espace de danger permanent, où la négligence, l’indiscipline et l’irresponsabilité coûtent chaque jour des vies humaines.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes et dressent un constat glaçant : entre 2022 et 2024, pas moins de 24 644 accidents de la circulation ont été enregistrés à travers le pays, faisant 3 159 morts et 33 513 blessés.
À cette hécatombe humaine s’ajoute un lourd impact économique, estimé à 230 milliards de dinars, selon les données de l’Inspection générale des finances.
Face à cette situation alarmante, l’État a décidé de passer à une étape décisive : celle de la tolérance zéro.
Le projet de loi portant révision du Code de la route, récemment déposé à l’Assemblée populaire nationale, marque un tournant majeur dans la politique nationale de sécurité routière.
Présenté par Abdelghani Hammani, directeur du transport routier et de la logistique, ce texte ambitieux de 190 articles introduit une refonte en profondeur du dispositif législatif existant.
Il instaure une nouvelle classification des infractions, réparties en quatre degrés de gravité pour les contraventions, en plus des délits et crimes, traduisant une volonté claire de hiérarchiser les fautes et d’adapter les sanctions à leur dangerosité réelle.
Les mesures prévues sont particulièrement dissuasives.
Les amendes pourront atteindre 15 000 dinars, tandis que les peines d’emprisonnement iront jusqu’à 20 ans pour les infractions les plus graves, notamment celles ayant entraîné la mort ou mettant en danger la vie d’autrui.
Le durcissement vise en priorité les conducteurs professionnels, notamment dans le transport scolaire, collectif et de marchandises, considérés comme porteurs d’une responsabilité accrue, dans un contexte marqué par la recrudescence inquiétante de la consommation de stupéfiants au volant.
Au-delà des sanctions, le projet mise sur une réorganisation globale de la prévention et du contrôle routiers.
Les collectivités locales se voient confier un rôle central dans l’élaboration des plans de circulation et des stratégies locales de sécurité routière.
Un Conseil national de prévention et de sécurité routière, appuyé par des cellules locales de veille et d’intervention, viendra structurer l’action sur le terrain et assurer un suivi permanent des risques.
Fait inédit, la réforme étend la responsabilité aux piétons, désormais passibles d’amendes en cas de non-respect du code, consacrant une approche globale et partagée de la sécurité routière.
Les gestionnaires de la voirie ne sont pas en reste : communes, wilayas et agences autoroutières pourront être tenues civilement responsables des accidents dus à la dégradation des routes.
Inscrit dans la feuille de route tracée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ce nouveau Code de la route envoie un message sans équivoque : la route n’est plus un espace de permissivité.
Désormais, chaque usager est appelé à assumer pleinement ses responsabilités dans une bataille nationale pour sauver des vies.
R.N
