Inondations : 13 500 points noirs sous surveillance, l’Algérie face à l’urgence climatique

dknews
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Le risque d’inondation s’impose aujourd’hui comme l’un des défis majeurs auxquels l’Algérie est confrontée, à la croisée des dérèglements climatiques, de l’urbanisation rapide et de la vulnérabilité persistante des infrastructures.

Conscient de l’ampleur de la menace, le ministère de l’Hydraulique a tiré la sonnette d’alarme en révélant l’existence de près de 13 500 points noirs répartis à travers le territoire national, des zones identifiées comme présentant un danger réel en cas de fortes pluies ou d’intempéries.

Ces points critiques, où l’accumulation des eaux pluviales peut provoquer des inondations soudaines, constituent un facteur de risque majeur pour les citoyens, les habitations et les équipements publics.

Ce dossier est désormais traité avec le plus grand sérieux par les pouvoirs publics, dans un contexte marqué par des changements climatiques de plus en plus perceptibles.

Depuis plusieurs années, l’Algérie fait face à une intensification et à une irrégularité accrue des précipitations, rendant les épisodes pluvieux plus courts mais nettement plus violents.

Une situation qui exerce une pression considérable sur les réseaux d’assainissement, souvent conçus selon des normes anciennes, peu adaptées aux nouvelles réalités climatiques.

À cela s’ajoutent les constructions illicites érigées à proximité des oueds, des zones d’écoulement naturel des eaux ou des points d’accumulation, aggravant dangereusement l’exposition des populations aux risques d’inondation.

Invité de l’émission « L’Invité du matin » sur la Chaîne 1 de la Radio algérienne, Chérif Aïssiou, directeur de l’assainissement et de la prévention des risques d’inondation au ministère de l’Hydraulique, a précisé que le chiffre de 13 500 points noirs résulte d’un recensement actualisé à la fin de l’année 2024.

Il a néanmoins souligné une évolution positive, indiquant une baisse notable du nombre de points critiques grâce aux programmes engagés ces dernières années en coordination avec le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

Cette amélioration, bien que relative, témoigne des efforts consentis par l’État pour anticiper les catastrophes naturelles et limiter leurs impacts.

Depuis l’adoption, en 2020, de la stratégie nationale de lutte contre les inondations, un travail de fond a été engagé pour identifier, analyser et traiter les zones les plus vulnérables.

Selon les données présentées par le responsable, 850 sites à risque ont été recensés dans le cadre de cette stratégie, dont 50 classés à très haut risque.

Les études techniques ont déjà été finalisées dans 16 wilayas, tandis que les travaux se poursuivent dans 14 autres.

Par ailleurs, le lancement de nouveaux projets est prévu dans 11 wilayas supplémentaires, illustrant une dynamique progressive mais soutenue visant à renforcer la résilience des territoires face aux aléas climatiques.

Cette démarche s’appuie sur des diagnostics approfondis et sur des études comparatives prenant en compte les expériences de pays partenaires ayant déjà été confrontés à des phénomènes similaires.

L’objectif est clair : adapter les infrastructures nationales aux nouvelles contraintes climatiques, tout en tenant compte de l’expansion urbaine et de la densification des zones habitées.

Car au-delà des facteurs naturels, certains comportements humains continuent de peser lourdement sur la gestion des eaux pluviales.

La stagnation des déchets ménagers dans les bouches d’évacuation, l’obstruction des canalisations par des plastiques ou des gravats, ainsi que l’abandon de résidus de chantiers à proximité des réseaux d’assainissement, contribuent à aggraver les risques d’inondation.

Les conséquences de ces dysfonctionnements sont parfois spectaculaires.

Chérif Aïssiou a cité l’exemple récent de la commune de Bir Mourad Raïs, à Alger, où 72 millimètres de pluie sont tombés en seulement deux heures, soit l’équivalent de deux semaines de précipitations en conditions normales.

Un volume d’eau largement supérieur à la capacité d’absorption des réseaux existants, mettant en évidence la fragilité des infrastructures urbaines face à des événements météorologiques extrêmes devenus de plus en plus fréquents.

Face à cette réalité, le ministère de l’Hydraulique mise sur une politique fondée sur la prévention et l’anticipation.

Des opérations de curage des avaloirs et des réseaux sont programmées régulièrement, notamment à l’approche des saisons pluvieuses, afin de garantir un écoulement optimal des eaux.

Chaque année, de nouveaux projets sont lancés, tandis que les schémas directeurs d’assainissement font l’objet d’actualisations périodiques.

Ces documents stratégiques constituent un outil essentiel pour planifier et coordonner les investissements, en tenant compte des spécificités locales et des risques identifiés.

La prévention est considérée comme un levier fondamental pour minimiser les dégâts humains et matériels liés aux inondations.

L’anticipation, à travers des prévisions météorologiques plus précises et des systèmes d’alerte efficaces, permet une meilleure gestion des situations de crise et une intervention plus rapide des services concernés.

Toutefois, ces efforts institutionnels doivent impérativement être accompagnés d’une prise de conscience citoyenne.

Le responsable a insisté sur la nécessité de lutter contre les comportements inciviques qui compromettent l’efficacité des infrastructures, appelant à une mobilisation collective pour préserver les réseaux d’assainissement.

Malgré les contraintes et les défis persistants, l’état général des réseaux d’assainissement demeure globalement acceptable, selon le ministère, même si certaines sections anciennes nécessitent une réhabilitation urgente.

À cet effet, les pouvoirs publics ont accéléré, ces dernières années, le renouvellement des réseaux, mobilisant des financements spécifiques dans le cadre des lois de finances successives, en étroite coordination avec les autorités locales.

À l’heure où le dérèglement climatique redessine les priorités et impose une nouvelle lecture des risques naturels, la gestion des inondations s’impose comme un enjeu stratégique pour l’Algérie.

L’identification de 13 500 points noirs constitue un signal fort, rappelant que la prévention, la planification et la responsabilité collective sont désormais les piliers incontournables pour protéger les vies humaines et préserver les infrastructures face à des aléas climatiques appelés à s’intensifier.

R.N

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