ALGERIE : Abdelkader Bendameche retrace l’épopée fondatrice de la poésie populaire algérienne « du Zadjel au Malhoun »

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La poésie populaire algérienne, dans ses dimensions historique, spirituelle et sociale, a été au cœur d’une conférence de haut niveau animée par le chercheur et spécialiste du patrimoine poétique et musical algérien, Abdelkader Bendameche, à l’Institut national supérieur de musique « Mohamed Fawzi ».
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du programme scientifique du Festival culturel national de musique andalouse Sanaa, organisé du 11 au 15 du mois en cours, et a permis de revisiter l’évolution du Zadjel vers le Malhoun, depuis l’Andalousie jusqu’à l’Algérie contemporaine.
Dans son intervention, Abdelkader Bendameche a mis l’accent sur l’importance capitale du texte poétique dans la compréhension des genres musicaux traditionnels, soulignant que la musique, aussi raffinée soit-elle, ne saurait être dissociée de la parole qui la structure et la nourrit.
« Si la musique andalouse, comme tout autre genre, obéit à des règles et à des codes précis, les textes qui l’accompagnent sont tout aussi importants.

Il est essentiel de connaître l’origine de cette poésie et son évolution », a-t-il expliqué.
Le conférencier a rappelé que l’Algérie a hérité d’un patrimoine poétique d’une richesse exceptionnelle, issu de l’Andalousie musulmane et transmis avec le retour des populations après la chute de Grenade.
Entre le VIIIᵉ et le XIᵉ siècle, le Mouachah constituait la forme dominante de la poésie chantée, considérée comme une musique savante et aristocratique.
Toutefois, ce genre, de par sa complexité linguistique et formelle, demeurait peu accessible aux couches populaires, qui lui préféraient des expressions poétiques plus proches de leur quotidien.
C’est au XIIᵉ siècle qu’apparaît une transformation majeure avec l’arrivée d’Abdelmalek Ibn Kezmane, natif de Cordoue, qui introduit le Zadjel, une poésie entièrement composée en arabe dialectal.
Plus légère et plus accessible, cette forme poétique se distingue nettement de la poésie arabe classique, jugée plus rigide.
Initialement consacrée à l’amour, à la sagesse populaire et aux préoccupations sociales, elle trouve un terrain fertile dans les milieux populaires.
À son arrivée en Algérie, le Zadjel rencontre une tradition locale déjà citée par Ibn Khaldoun dans sa « Mokadima » sous l’appellation « Aroud Al Balad ».

Bendameche a rappelé, à ce propos, le rôle déterminant de Sidi Boumediene El Ghaout, figure spirituelle du XIIᵉ siècle, né près de Séville, qui a utilisé le Zadjel comme vecteur de transmission de ses enseignements religieux, donnant naissance au Zadjel soufi.
Cette évolution atteint son apogée au XVIᵉ siècle avec Sidi Lakhdar Benkhlouf, considéré comme le fondateur du Malhoun.
Héritier spirituel de Sidi Boumediene, Benkhlouf a su faire de la poésie un outil de louange religieuse, mais aussi un moyen de chronique sociale et historique.
À travers ses poèmes, il a décrit les événements politiques et militaires de son époque, notamment la célèbre bataille de Mazaghrane (1558), durant laquelle les Algériens ont infligé une défaite décisive aux forces espagnoles. Aujourd’hui, 167 poèmes authentifiés témoignent de l’ampleur de son œuvre.
Auteur de nombreux ouvrages consacrés aux grandes figures de la culture algérienne, Abdelkader Bendameche demeure une référence incontournable dans le domaine de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine immatériel national.
R. C.

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