Drogue et psychotropes : une justice plus ferme, une prise en charge plus humaine

dknews
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Face à l’ampleur alarmante des crimes liés à la drogue et aux substances psychotropes, la justice algérienne durcit le ton tout en affirmant une approche résolument humaine à l’égard du toxicomane.

La loi 25-03, récemment adoptée par les deux Chambres parlementaires, marque un tournant majeur dans la politique pénale nationale, en combinant rigueur répressive contre les réseaux criminels et prise en charge thérapeutique et sociale des personnes dépendantes, désormais considérées avant tout comme des victimes nécessitant soins, suivi et réinsertion.

Cette nouvelle architecture juridique, issue d’une lecture lucide des mutations sociales et sécuritaires, consacre une stratégie de « dissuasion politique équilibrée » face à un fléau qui menace la santé publique, fragilise le tissu social et porte atteinte à la stabilité et à la sécurité de la société.

Dans certains cas d’une extrême gravité, la peine capitale peut désormais être prononcée, conformément aux dispositions de la loi 25-03, notamment lorsque les faits relèvent de crimes aggravés mettant directement en péril la vie humaine et la sécurité nationale.

C’est dans ce contexte que la Cour d’Alger a organisé une journée d’études consacrée à cette loi, réunissant magistrats, acteurs judiciaires et spécialistes du secteur.

Une initiative qui traduit l’urgence d’une mobilisation institutionnelle à la hauteur des défis posés par la prolifération des réseaux de trafic, l’émergence de nouvelles formes de toxicomanie et l’utilisation croissante des technologies modernes, y compris par des mineurs, dans les circuits criminels.

Intervenant à cette occasion, le président de la Cour d’Alger, Mohamed Bouderbala, a insisté sur la portée stratégique de cette rencontre, soulignant que les crimes liés aux drogues et aux substances psychotropes constituent aujourd’hui un défi majeur pour les structures sociales, la santé publique et la sécurité collective.

Récemment installé dans ses fonctions, il a rappelé que cette démarche s’inscrit dans l’engagement du ministère de la Justice en faveur de la formation continue, du renforcement de la culture juridique et de l’adaptation des pratiques judiciaires aux nouvelles exigences imposées par l’évolution du phénomène criminel.

Selon lui, la force de la loi 25-03 réside dans son approche globale, intégrant dans un même cadre les dimensions juridique, préventive et répressive, tout en œuvrant à l’unification de l’action judiciaire et à une meilleure prise en charge des toxicomanes.

« Le défi consiste à protéger la société sans renoncer à la dimension humaine », a-t-il affirmé, rappelant que le toxicomane est perçu par le législateur comme une victime ayant besoin d’accompagnement médical, psychologique et social, et non comme un simple délinquant.

Abondant dans le même sens, le procureur général près la Cour d’Alger, Mohamed El Kamel Ben Boudiaf, a souligné que ce texte législatif intervient en réponse à des transformations profondes et urgentes sur les plans social, juridique et sécuritaire.

Il a mis en garde contre l’évolution rapide et inquiétante des réseaux de trafic de drogue, leur caractère de plus en plus structuré et transnational, ainsi que l’impact dévastateur de ce phénomène sur la jeunesse, principale cible de ces réseaux.

Le parquet d’Alger, a-t-il affirmé, se trouve en première ligne de cette bataille, assumant pleinement ses missions de protection de la sécurité nationale et de défense de l’ordre public.

Il a qualifié la loi 25-03 d’étape décisive dans la modernisation du système pénal algérien, à travers la redéfinition des concepts juridiques, la clarification des mécanismes d’engagement de l’action publique et la détermination précise des responsabilités pénales.

Pour sa part, le juge d’instruction Farouk Boukhazani a mis en exergue l’importance stratégique de ce texte dans la protection de la sécurité nationale et son adaptation aux changements rapides des modes opératoires des trafiquants.

Il a notamment attiré l’attention sur l’utilisation croissante des technologies modernes dans le trafic de drogues, ainsi que sur l’implication préoccupante de mineurs dans ces activités criminelles, appelant à une vigilance accrue et à une réponse judiciaire ferme et coordonnée.

La journée d’études s’est achevée par une série de recommandations fortes, allant dans le sens d’un renforcement de la sensibilisation sociétale et de la prévention, en particulier dans les milieux éducatifs et de formation.

Un appel pressant a été lancé à la création de nouveaux centres spécialisés dans la prise en charge et la réinsertion des toxicomanes, afin de donner corps à la dimension humaine consacrée par la loi.

Parallèlement, le législateur a prévu un durcissement significatif des sanctions pénales à l’encontre des trafiquants, notamment lorsque les infractions sont commises dans des établissements éducatifs ou hospitaliers, impliquent des mineurs, s’inscrivent dans le cadre de groupes criminels organisés ou transnationaux, ou encore lorsque l’usage de stupéfiants entraîne la mort d’autrui.

Autant de dispositions qui traduisent la volonté de l’État de frapper avec la plus grande fermeté les réseaux criminels, tout en ouvrant une voie de soins, de dignité et d’espoir aux victimes de la dépendance.

Avec la loi 25-03, la justice algérienne affirme ainsi une ligne claire : tolérance zéro pour les trafiquants, protection renforcée de la société et reconnaissance pleine et entière de la dimension humaine dans la prise en charge du toxicomane.

Une équation délicate, mais assumée, face à un fléau qui exige à la fois fermeté, lucidité et humanité.

R.L

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