Une stabilité encore hors de portée : L’Afrique face au spectre des coups d’État

dknews
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La question revient avec insistance : les pays africains verront-ils un jour la fin des coups d’État et des bouleversements politiques qui jalonnent leur histoire contemporaine ? Pour beaucoup d’observateurs, cette perspective demeure lointaine.

Les crises qui secouent régulièrement le continent ne relèvent pas seulement de la fragilité interne des régimes, mais aussi, et surtout, d’une dépendance persistante à l’égard des puissances étrangères dont les intérêts stratégiques continuent de façonner la scène politique africaine.

L’idée selon laquelle les coups d’État seraient uniquement la conséquence de gouvernances déficientes ne suffit pas à expliquer leur récurrence.

Les relations complexes entre anciens colonisateurs et dirigeants africains jouent encore aujourd’hui un rôle déterminant dans la déstabilisation de certains États.

Lorsque des chefs d’État prennent leurs distances avec les orientations imposées par des capitales comme Paris ou Londres, ils se retrouvent rapidement isolés et fragilisés.

La suite est souvent prévisible : marginalisation diplomatique, pressions économiques, puis soutien discret à des adversaires politiques capables de renverser le pouvoir établi.

Les coups de force spectaculaires attribués à des officiers subalternes ne doivent pas masquer la réalité : derrière ces opérations figurent très souvent des appuis extérieurs agissant dans l’ombre.

Agents des services de renseignement, conseillers occultes, soutiens logistiques… la mécanique est connue.

Et désormais, les acteurs influents ne se limitent plus aux puissances occidentales.

La Chine et la Russie, de plus en plus présentes sur le continent, seraient elles aussi tentées d’installer des alliés par des voies non conventionnelles, complexifiant davantage le jeu d’équilibres régionaux.

Le Sahel en constitue l’illustration la plus frappante : zone historiquement sous l’influence de la France, il est devenu le théâtre de rivalités internationales exacerbées.

Les nouveaux putschistes y affichent ouvertement leur rejet des anciennes tutelles, n’hésitant pas à menacer leurs intérêts stratégiques.

Le continent se retrouve ainsi au cœur d’une guerre d’influence menée par puissances interposées, la population africaine en supportant le coût humain, social et politique.

Cette situation découle également d’une réalité dérangeante : les États africains demeurent en quête d’une souveraineté pleinement assumée.

Trop souvent dépendants d’appuis extérieurs pour gérer leurs crises politiques, économiques ou sécuritaires, ils peinent à construire des institutions résilientes et autonomes.

La défiance interne, l’absence de consensus national et la faiblesse des mécanismes démocratiques favorisent des ruptures brutales de gouvernance.

Tant que les nations africaines ne parviendront pas à consolider leurs propres modèles politiques en se libérant des influences extérieures, les coups d’État continueront de prospérer.

La stabilité durable ne pourra émerger que lorsque les institutions nationales deviendront suffisamment solides pour résister aux crises internes et aux ingérences.

Le chemin reste long, mais indispensable pour bâtir des États capables de répondre aux aspirations de leurs populations sans dépendre des agendas d’intérêts étrangers.

R.I

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