ORAN-Les salles de cinéma obscures oubliées : plongée dans un patrimoine culturelen sursis

dknews
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Oran, jadis cité lumineuse où la magie du cinéma s’invitait dans plus de quarante salles avant l’indépendance, se retrouve aujourd’hui face à une réalité désolante : au moins dix-huit de ses salles de cinéma sont fermées depuis des années, abandonnées aux intempéries, voire totalement disparues du paysage urbain.
Derrière ces portes closes, c’est une partie de la mémoire collective qui s’efface, une tranche entière de l’histoire culturelle oranaise qui se dissout dans le silence et l’oubli. Après l’indépendance, Oran comptait encore trente-cinq salles fonctionnelles.
Mais au fil des décennies, ce patrimoine précieux s’est lentement délité. Selon des membres d’associations culturelles, seules vingt-cinq salles auraient échappé, de justesse, à la disparition totale, tandis que dix-huit ont cessé toute activité, victimes du manque d’entretien, des contraintes financières et parfois de l’indifférence institutionnelle.

Six d’entre elles, désengagées officiellement par la commune en février 2024, n’ont aujourd’hui plus aucun statut clair, accentuant l’incertitude qui entoure leur avenir.
Les salles obscures de la cité oranaise n’étaient pourtant pas de simples lieux de projection.
Elles étaient considérées comme de véritables œuvres architecturales, symboles d’une époque où la ville vibrait au rythme des rendez-vous culturels, où les cinéphiles se pressaient pour découvrir les nouveautés d’ici et d’ailleurs. Ces espaces constituaient un carrefour d’idées, d’échanges, d’expression artistique, un pont entre les générations et un moteur d’animation sociale. Leur fermeture successive a créé un vide culturel tangible.
Ces dernières années, certaines de ces salles abandonnées se sont transformées en dépotoirs à ciel ouvert, offrant le triste spectacle de lieux autrefois prestigieux désormais livrés à la dégradation.
Face à ce naufrage, associations et bénévoles ont tenté, tant bien que mal, de freiner la déchéance en nettoyant et sécurisant quelques bâtiments, mais leurs moyens restent dérisoires face à l’ampleur du chantier.

La question demeure brûlante : que sont devenues les salles de cinéma d’Oran et quel avenir leur réserve-t-on ? D’après un responsable au fait du dossier, rares sont celles qui pourraient être récupérées par le secteur de la culture et réhabilitées comme véritables espaces artistiques.
Beaucoup restent dans un état d’abandon avancé, suspendues à une éventuelle intervention publique qui, à ce jour, tarde à venir. Pour les acteurs locaux, une mobilisation claire des autorités compétentes est indispensable pour éviter la disparition définitive de ces lieux emblématiques.
Des représentants de la société civile pointent du doigt le désengagement des tutelles successives, souvent justifié par des difficultés financières, notamment le poids exorbitant de la masse salariale qui absorbe plus de 70 % du budget communal.
Ce manque de ressources, conjugué à l’absence d’une vision de gestion durable, explique largement la dégradation progressive des salles oranaises depuis les années 2000.

Pour plusieurs spécialistes, il s’agit d’un dossier sensible, voire “choc”, tant par le patrimoine qu’il concerne que par son potentiel économique et culturel inestimable. Car bien gérées, ces salles pourraient redevenir des pôles d’attraction, générateurs d’activités et de revenus, tout en jouant leur rôle fondamental de vecteurs culturels.
Aujourd’hui, seules deux salles, « El Saada » (ancien Colisée) et « Le Maghreb » (ex Régent), continuent d’insuffler un souffle artistique à la ville.
Elles portent à elles seules l’ambition culturelle d’Oran, mais leur présence, bien que précieuse, demeure insuffisante pour une métropole qui aspire à redevenir un carrefour culturel majeur. Oran mérite davantage.
Sa place dans le paysage culturel national, sa richesse historique et son statut de cité cosmopolite exigent la sauvegarde urgente et la réhabilitation intelligente de ses salles de cinéma, véritables témoins d’une mémoire urbaine qu’il serait dramatique de laisser disparaître.
R. C.

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