Algérie-Russie : vers une coopération élargie au-delà des hydrocarbures

dknews
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L’axe Alger-Moscou cherche à franchir un nouveau palier : après des rapprochements confirmés dans le secteur des hydrocarbures, les échanges bilatéraux s’orientent résolument vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée — agriculture intelligente, industrie pharmaceutique, énergies renouvelables et solutions numériques. C’est le message central qui est ressorti du forum d’affaires algéro-russe organisé récemment à Alger, une rencontre qui intervient après la participation algérienne à la « Russian Energy Week 2025 » à Moscou (15-17 octobre). Les participants, représentants des ministères, dirigeants d’entreprises et membres du nouveau Conseil d’affaires algéro-russe, ont souligné une volonté politique affirmée des deux capitales pour transformer un partenariat traditionnel en une coopération économique plus diversifiée et durable. « Toutes les conditions sont réunies pour renforcer les relations économiques et augmenter les échanges commerciaux bilatéraux », a résumé Abdeslam Djahnit, secrétaire général du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations. Sur le plan chiffré, les participants ont fait état d’un flux d’échanges qui a connu un rebond l’an passé, atteignant près de 1,7 milliard de dollars au cours des dix premiers mois de 2024.

Objectif désormais affiché : porter ce volume à 10 milliards de dollars d’ici la fin de la décennie. Pour atteindre cette ambition, les intervenants estiment nécessaire d’élargir le périmètre des partenariats au-delà des secteurs traditionnels et de multiplier les visites d’affaires et les échanges d’expertises. La stratégie prônée au forum repose sur plusieurs axes complémentaires. D’abord, l’exportation : il est essentiel, ont rappelé les responsables algériens, d’intensifier la présence des produits algériens sur le marché russe afin d’équilibrer la balance commerciale et d’ouvrir des débouchés durables pour les entreprises nationales. Ensuite, la coopération industrielle et technologique : l’Algérie cherche à capter des transferts de compétences, notamment dans la pharmacie, la transformation numérique et les technologies liées à l’intelligence artificielle. L’agriculture intelligente constitue l’un des terrains prioritaires de cette diversification.

Face aux défis de la sécurité alimentaire et aux transformations climatiques, les deux pays voient un terrain d’entente dans l’adoption de solutions innovantes « capteurs, systèmes d’irrigation pilotés, et plateformes de gestion des cultures » susceptibles d’améliorer la productivité et la résilience des filières agricoles. Parallèlement, les énergies renouvelables, loin de se cantonner à un discours, ont été abordées comme un secteur propice à la coopération industrielle et aux investissements conjoints. Le développement de capacités locales de production, couplé à des projets d’ingénierie et de formation, apparaît comme une piste concrète pour créer une dynamique d’investissement mutuellement bénéfique. Le volet numérique et les technologies de l’information ont, eux aussi, retenu l’attention. La transformation digitale des entreprises algériennes, le développement de solutions logicielles et la coopération dans le domaine des technologies émergentes « dont l’intelligence artificielle » figurent parmi les priorités pour moderniser l’appareil productif et stimuler des exportations à plus forte valeur ajoutée. Du côté institutionnel, le rôle du Conseil d’affaires algéro-russe a été mis en exergue. Créé récemment, le Conseil ambitionne de faciliter les rencontres d’affaires et les visites réciproques : près de 500 entreprises auraient déjà participé à des initiatives de rapprochement, initiatives qui, selon Ahmed Azimov, président du Conseil, devraient déboucher prochainement sur des accords d’exportation de produits algériens vers la Russie.

Pour Rabah Fassih, directeur de la promotion et du soutien aux échanges économiques au ministère des Affaires étrangères, la clé du succès réside dans la capacité des opérateurs économiques à tirer parti des réformes engagées en Algérie pour améliorer le climat des affaires. « Le volume des échanges demeure en deçà des potentialités existantes », a-t-il insisté, appelant à une accélération des initiatives privées et publiques visant à mieux insérer les entreprises algériennes sur le marché russe. En filigrane, les conclusions du forum dessinent une feuille de route pragmatique : multiplier les partenariats, favoriser les transferts technologiques, stimuler les exportations et bâtir des projets communs dans des secteurs porteurs. L’objectif est clair : transformer une relation d’amitié historique en une coopération économique élargie, capable de créer richesse et emplois pour les deux rives de cet axe stratégique. Reste à concrétiser ces ambitions par des accords opérationnels et des projets sur le terrain « la promesse est faite, le défi est lancé ».

R.E

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