Le groupe des A3+ au Conseil de sécurité de l’ONU (Algérie, Somalie, Sierra Leone +Guyana) a appelé, mardi à New York, au renforcement de la Mission des Nations unies au Soudan du Sud (MINUSS) sur les plans financier et technique, invitant la communauté internationale à s’impliquer davantage dans le règlement du conflit qui mine ce pays.
« La réduction de la présence opérationnelle de la MINUSS risque de mettre en péril les perspectives de paix au Soudan du Sud.
Nous nous faisons l’écho de l’appel du secrétaire général de l’ONU en exhortant la communauté internationale à répondre à la crise de financement de la MINUSS et à lui permettre de mener ses missions indispensables pour la stabilité du pays », a indiqué Michael Imran Kanu, représentant permanent de la Sierra Leone, qui intervenait au nom du groupe.
« Les A3+ insistent sur la nécessité de poursuivre le financement de la MINUSS », a-t-il ajouté lors d’une réunion au Conseil de sécurité consacrée à la situation au Soudan du Sud.
« Nous sommes particulièrement alarmés par la situation financière des missions de maintien de la paix de l’ONU, y compris celle de la MINUSS et par l’annonce d’une réduction de 15% des dépenses (consacrées à ces missions), ce qui va mettre en péril les capacités de la MINUSS », a-t-il prévenu, signalant que « les coupes budgétaires auront des effets négatifs sur la capacité d’action de la mission » et que cela « pourrait entrainer la fermeture d’un certain nombre de bases ainsi qu’une réduction du personnel ».
« Nous pensons que le Soudan du Sud est sur le point de marquer un tournant et pourrait traverser une ère d’unité nationale et de développement durable ou retomber dans un cycle de violences.
La présence de la MINUSS reste donc fondamentale pour faciliter des discussions pacifiques et éviter des violences ultérieures », a soutenu M. Kanu.
Les A3+ insistent tout particulièrement sur la priorité que représente le financement des aides humanitaires au profit des populations du Soudan du Sud.
A cet égard, ils ont appelé la communauté internationale à « appuyer davantage les efforts humanitaires » dans ce pays, invitant le gouvernement du Soudan du Sud à faciliter l’entrée des aides humanitaires et à protéger les personnels chargés de les acheminer aux populations.
Sur un autre plan, les A3+ se sont dits « profondément préoccupés par les défis politiques et sécuritaires » auxquels est confronté ce pays.
Une situation aggravée par l’instabilité régionale et, tout particulièrement, par le conflit en cours au Soudan voisin.
Le groupe a appelé, en outre, à l’application rigoureuse de l’accord de paix de 2018 relatif au Soudan du Sud, tout en encourageant l’activation concrète du « tribunal hybride » prévu dans le cadre de cet accord afin de juger les crimes de guerre.
Les A3+ ont, dans ce contexte, appelé à ce que l’ancien vice-président Riek Machar et les autres personnes mises en accusation « bénéficient d’un procès équitable ».
Les A3+ ont encouragé, par ailleurs, toutes les parties au Soudan du Sud à « accorder la priorité à la population et au pays » et à « relever de façon pacifique tous les défis qui se dressent face à la mise en œuvre de l’accord de paix ».
L’avenir de la mission des Casques bleus au Soudan du Sud « est en jeu » (ONU)
L’avenir de la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Soudan du Sud (Minuss) « est en jeu », a alerté mardi un haut responsable de l’ONU, évoquant de nouvelles « conditions » posées par Juba à l’exercice du mandat des Casques bleus.
Sous la contrainte des coupes budgétaires américaines, la plupart des missions de maintien de la paix de l’ONU sont en train de modifier leurs plans opérationnels, ce qui passe en particulier par une réduction de 25% des effectifs militaires et policiers dans les prochains mois.
Pour la Minuss, cela implique « la fermeture de certains bureaux de terrain et de bases, le rapatriement de personnel en uniforme, qui a déjà commencé, et la réduction du personnel national et international », a indiqué mardi devant le Conseil de sécurité le chef des opérations de maintien de la paix de l’ONU, Jean-Pierre Lacroix.
Il a assuré que lors d’une visite à Juba mi-octobre, il avait obtenu le soutien des autorités sud-soudanaises à ces nouvelles mesures.
Mais « quelques jours plus tard, la mission a reçu un document officiel du gouvernement exposant une série de conditions qui ne sont pas seulement irréalistes mais sont une véritable menace à la viabilité du plan, et potentiellement à la mission elle-même », a-t-il déploré.
« Si le gouvernement ne fait pas preuve de plus de compréhension et de flexibilité, la capacité de la mission à remplir son mandat sera gravement compromise.
Franchement, l’avenir de la mission est totalement en jeu », a-t-il insisté, soulignant l’importance de son rôle de protection des civils, alors que la situation sécuritaire se détériore depuis des mois.
La Minuss, créée en 2011 au moment de naissance du Soudan du Sud, comptait en juillet – avant le plan de réduction des troupes – plus de 13.000 militaires et 1.500 policiers, selon le site des opérations de maintien de la paix.
Prenant note des « contraintes financières », l’ambassadrice sud-soudanaise à l’ONU Cecilia Adeng a assuré que son gouvernement poursuivrait un « dialogue constructif » avec l’ONU pour « trouver une solution aux défis opérationnels ».
