Après plusieurs mois de stabilité et de repli, l’économie industrielle algérienne retrouve son souffle. Les dernières données publiées par l’Office national des statistiques (ONS) révèlent une embellie notable au deuxième trimestre 2025, marquée par une nette reprise de la production de pétrole et de gaz ainsi qu’un redressement général de l’activité industrielle publique. Avec une hausse globale de 6,3 % de la production industrielle, le secteur national confirme sa capacité de rebond et témoigne d’une relance économique soutenue par des filières stratégiques. Le moteur principal de cette dynamique reste, sans surprise, le secteur des hydrocarbures. Après quatre trimestres de stagnation et de légères baisses, la production affiche une croissance de 1,5 % au deuxième trimestre 2025 par rapport à la même période de 2024. Ce regain s’explique essentiellement par la hausse de 3,0 % de la production de pétrole brut et de gaz naturel, ainsi que par une performance remarquable du raffinage du pétrole, en hausse de 6,2 %, contre à peine 1,9 % un an plus tôt. Une exception toutefois : la liquéfaction du gaz naturel, toujours en repli, enregistre un recul de 9,2 %, prolongeant une tendance négative entamée depuis le troisième trimestre 2024. Mais ce recul reste moins sévère que les chutes à deux chiffres observées précédemment, signent que la stabilisation est en vue.
Une locomotive énergétique toujours performante
Cette amélioration du secteur pétro-gazier tire vers le haut l’ensemble de l’économie industrielle publique. La production d’énergie, notamment, progresse de 9,2 %, confirmant la solidité d’un pilier essentiel de la souveraineté économique nationale. La performance globale du secteur public industriel, en hausse de 6,3 %, se situe bien au-dessus des 3,8 % enregistrés à la même période en 2024, un signe tangible du regain de confiance et d’efficacité de l’appareil productif algérien.
Les matériaux de construction explosent
L’un des faits les plus marquants de cette période demeure l’essor spectaculaire du secteur des matériaux de construction, qui connaît une croissance record de 16,7 %. Les liants hydrauliques, à eux seuls, progressent de 15,3 %, alors qu’ils n’affichaient qu’un timide 0,5 % au trimestre précédent. La fabrication de produits rouges et de matériaux de construction s’envole, avec une hausse impressionnante de 33,2 %, dans la continuité des résultats déjà remarquables des trimestres précédents. Encore plus spectaculaire, la production de produits en ciment et dérivés bondit de 52,2 %, effaçant ainsi les contre-performances antérieures. Cette vitalité traduit le dynamisme du secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), moteur essentiel de l’emploi et de l’investissement local. Seule ombre au tableau : l’industrie du verre continue de se contracter, enregistrant un recul de 5 % pour le troisième trimestre consécutif.
Mines, carrières et industries chimiques : la reprise s’affirme
Les mines et carrières affichent également des signes encourageants de reprise. Après un recul de 3,7 % au trimestre précédent, la croissance repart à +1,2 %. L’extraction du minerai de fer gagne 4,6 %, tandis que celle du sel bondit de 11,8 %, inversant les tendances baissières observées un an plus tôt. L’extraction des matières minérales s’illustre par une hausse spectaculaire de 62,8 %, confirmant le redressement du secteur extractif. En revanche, l’extraction du phosphate recule de 10,3 %, freinant légèrement la performance d’ensemble. Du côté des industries chimiques, la reprise est également perceptible. Après une chute de 11,1 % au trimestre précédent, elles progressent désormais de 2,5 %, portées par la bonne tenue des produits pharmaceutiques (+7,3 %) et des biens intermédiaires en plastiques (+1,2 %). Cette amélioration traduit les efforts déployés pour renforcer la production nationale dans des filières à haute valeur ajoutée.
Le bois et le cuir en pleine ascension
Les secteurs du cuir et du bois se distinguent par des performances exceptionnelles. Le premier affiche une croissance de 40,7 %, tandis que le second atteint un impressionnant 131,6 %, dopé par la menuiserie générale (+329,2 %), l’industrie de l’ameublement (+93,6 %) et la transformation du papier (+46,8 %). Ces résultats illustrent le potentiel de diversification industrielle du pays et l’émergence d’activités porteuses dans les filières artisanales et manufacturières. Malgré ce tableau globalement positif, certains secteurs connaissent encore des difficultés. Les industries sidérurgiques, métalliques, mécaniques, électriques et électroniques (ISMMEE) reculent de 1,8 %, une baisse toutefois bien moins marquée que la chute de 41,7 % enregistrée au premier trimestre. Le secteur agroalimentaire, lui, reste en zone négative avec une contraction de 4,7 %, en raison notamment du travail de grains (-11,1 %). Néanmoins, la production laitière reprend des couleurs, progressant de 2,1 %, un signe de résilience dans une branche stratégique pour la sécurité alimentaire. Les textiles, enfin, continuent leur repli à -10,4 %, mais dans une moindre mesure que les -15,2 % du trimestre précédent.
Stabilité des prix et perspectives encourageantes
Sur le plan des prix à la production industrielle hors hydrocarbures, l’ONS note une croissance modérée de 0,9 % au deuxième trimestre 2025, traduisant une relative stabilité des coûts. Par rapport à la même période de 2024, la variation ne reste quasi nulle (+0,1 %), confirmant un équilibre des marchés industriels. Cette évolution positive de l’appareil productif national traduit les effets conjugués de la politique de relance engagée par les pouvoirs publics, des investissements réalisés dans la modernisation des infrastructures et du regain de confiance des acteurs économiques. À travers cette progression mesurée mais constante, l’Algérie démontre sa capacité à consolider sa croissance industrielle, à diversifier ses ressources et à renforcer son autonomie économique dans un contexte mondial encore incertain. L’année 2025 s’annonce ainsi comme un tournant de confirmation pour l’industrie nationale, avec des perspectives encourageantes de consolidation et d’expansion dans les mois à venir.
R.E
