L’Algerie confirme, une fois de plus, son ambition de devenir un acteur majeur de l’industrie pharmaceutique à l’échelle continentale et internationale.
Le Forum d’affaires algéro-indien consacré au secteur pharmaceutique, tenu jeudi 15 janvier 2026 dans la capitale, a mis en lumière les avancées significatives réalisées par l’Algérie ces dernières années, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de coopération avec l’Inde, l’un des leaders mondiaux de la production de médicaments génériques et de technologies de santé.
Organisée dans un contexte marqué par la redéfinition des chaînes d’approvisionnement mondiales et la nécessité pour les États de renforcer leur souveraineté sanitaire, cette rencontre économique a réuni des responsables institutionnels, des représentants d’entreprises algériennes et indiennes, ainsi que des acteurs clés de l’écosystème pharmaceutique national.
Elle a constitué une vitrine éloquente des capacités de l’Algérie, devenue, selon plusieurs intervenants, un pôle pharmaceutique africain incontournable.
S’exprimant à l’ouverture des travaux, la directrice de la promotion et du soutien aux échanges économiques au ministère des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Mme Sihem Nafaâ, a rappelé que la création, en 2020, d’un ministère dédié à l’industrie pharmaceutique n’était pas un simple choix administratif, mais l’expression d’une volonté politique claire faisant de ce secteur une priorité stratégique nationale.
Cette décision, a-t-elle souligné, a permis de structurer l’action publique, d’accélérer les investissements et d’améliorer significativement les capacités de production locales.
Les résultats sont aujourd’hui tangibles.
Le taux de couverture des besoins nationaux en médicaments par la production locale dépasse désormais les 80 %, un seuil hautement symbolique qui traduit la montée en puissance de l’outil industriel national.
Cette performance place l’Algérie parmi les rares pays africains ayant réussi à réduire de manière aussi substantielle leur dépendance aux importations dans un domaine aussi sensible que celui de la santé.
Au-delà des chiffres, Mme Nafaâ a insisté sur un autre indicateur révélateur : l’Algérie compte actuellement plus de 240 usines pharmaceutiques en activité, sur un total d’environ 640 unités recensées à l’échelle du continent africain, sans compter les nombreux projets en cours de réalisation.
Une réalité qui conforte la position de l’Algérie comme premier bassin pharmaceutique africain, tant en termes de capacités de production que de diversité industrielle.
Cette reconnaissance n’est pas uniquement nationale.
En novembre dernier, lors de la Conférence ministérielle africaine sur la production locale de médicaments et autres technologies de santé, tenue au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal à Alger, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait qualifié l’Algérie de « modèle à suivre » aux niveaux africain et mondial, saluant sa réussite dans la couverture de plus de 80 % de ses besoins pharmaceutiques grâce à la production locale.
Un message fort, relayé à la même occasion par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, qui avait rappelé que l’Algérie concentre à elle seule plus d’un tiers des établissements pharmaceutiques du continent africain.
C’est dans ce contexte porteur que le Forum d’affaires Algérie-Inde a pris toute sa dimension stratégique.
Les participants ont unanimement souligné que le secteur pharmaceutique offre de vastes opportunités de coopération, aussi bien en matière d’investissements conjoints que de transfert de technologies, de recherche scientifique et de conquête des marchés régionaux et africains.
S’adressant directement aux opérateurs économiques des deux pays, Mme Sihem Nafaâ a affirmé que l’industrie pharmaceutique recèle « des opportunités exceptionnelles de partenariats fructueux entre l’Algérie et l’Inde », mettant en avant la complémentarité des atouts des deux nations.
Elle a notamment évoqué les segments porteurs tels que la fabrication de médicaments génériques, de vitamines et de compléments alimentaires, tout en soulignant l’expertise reconnue de l’Inde dans ces domaines.
Grâce à sa position géographique stratégique, à la croisée de l’Afrique, de la Méditerranée et du monde arabe, ainsi qu’à ses infrastructures industrielles et logistiques en constante amélioration, l’Algérie se présente comme une véritable plateforme d’accès aux marchés africains et méditerranéens pour les entreprises indiennes désireuses de s’implanter durablement dans la région.
Cette vision a été confortée par les annonces de l’ambassadrice de l’Inde en Algérie, Mme Swati Vijay Kulkarni, qui a révélé la préparation de deux projets de coopération concrets.
Le premier porte sur un partenariat entre des entreprises indiennes et le Centre algérien de bioéquivalence, visant à renforcer la recherche scientifique et les études cliniques.
Le second concerne l’élaboration d’un mémorandum d’entente relatif à la coopération dans le domaine des dispositifs médicaux, un segment en pleine expansion à l’échelle mondiale.
La diplomate indienne a également mis en exergue la solidité des relations économiques bilatérales, précisant que le volume des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Inde a atteint 1,7 milliard de dollars en 2025, avec des perspectives de croissance encore plus importantes dans les années à venir.
De son côté, le conseiller du ministre de l’Industrie pharmaceutique, M.
Younes Bouarara, a souligné que l’Algérie nourrit l’ambition affirmée de devenir un pôle régional de production et d’exportation de produits pharmaceutiques, en s’appuyant sur des partenariats stratégiques solides, au premier rang desquels figure l’Inde.
Il a insisté sur la nécessité de valoriser la production locale, d’encourager l’innovation et de renforcer la compétitivité des entreprises algériennes sur les marchés internationaux.
Tenu en marge de la visite en Algérie d’une importante délégation commerciale indienne, composée de près de 100 opérateurs représentant plus de 65 entreprises du secteur pharmaceutique, le Forum a réuni un large éventail d’acteurs institutionnels et économiques.
Étaient notamment présents des cadres de plusieurs ministères, des représentants de l’Agence algérienne de la promotion des investissements (AAPI), de l’Agence nationale des produits pharmaceutiques (ANPP), ainsi que de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI).
Au terme de cette rencontre, un constat s’impose : l’Algérie ne se contente plus d’assurer sa sécurité sanitaire.
Elle s’affirme désormais comme un acteur central de l’industrie pharmaceutique africaine, capable d’attirer des partenaires internationaux de premier plan et de jouer un rôle clé dans la production, l’innovation et l’exportation de médicaments et de technologies de santé.
Pour l’Inde, l’Algérie apparaît plus que jamais comme une porte d’entrée stratégique vers l’Afrique, tandis que pour l’Algérie, ce partenariat ouvre la voie à une intégration accrue dans les chaînes de valeur mondiales et à la consolidation de sa souveraineté économique et sanitaire.
Abed MEGHIT
