Culture du safran en Algérie : efforts soutenus pour l’émergence d’une filière structurée

dknews
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La culture du safran en Algérie est en passe de s’ériger en filière agricole structurée, bénéficiant d’un cadre organisé qui se met en place autour d’importants efforts de recherche et surtout d’une stratégie nationale récemment lancée pour le développement de la culture de l’or rouge, un produit très recherché à l’international.

Limitée auparavant à des initiatives personnelles, via de petites exploitations familiales dans plusieurs wilayas, la culture de cette plante dont est extraite l’épice à la forte valeur commerciale, s’inscrit désormais dans une dynamique organisée qui donne déjà des résultats plus qu’encourageants enregistrés par les producteurs.

Pour le professeur Fatma Halouane, directrice centrale à la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique (DGRSDT) au ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique, la stratégie nationale de développement de la filière « Safran DZ », lancée à l’Ecole nationale supérieure agronomique (ENSA), a « un rôle déterminant » puisqu’elle vise à structurer une filière en intégrant recherche scientifique, innovation et entrepreneuriat.

Initiée en septembre dernier sous l’égide conjointe du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique et de celui de l’Agriculture, du développement rural et de la pêche, cette stratégie devra permettre d’intégrer les agriculteurs dans un cadre institutionnel, explique-t-elle, notant l’intérêt croissant pour cette épice à forte valeur ajoutée, compte tenu de ses vertus nutritionnelles et médicinales.

Epice la plus chère au monde, le prix moyen du safran (ou l’or rouge) oscille généralement entre 5.000 et 10.000 dollars le kg, surtout pour les variétés premium, du fait de la rareté de la plante et de la main-d’œuvre extrêmement intensive requise pour sa production. Ainsi, la mise sur pied d’une stratégie pour le safran algérien est à même de contribuer, à terme, à l’émergence d’un important créneau à l’exportation.

Dans le cadre de la stratégie nationale, trois stations pilotes ont été mises en place à Alger, Constantine et à Ghardaïa pour tester l’ensemble de la chaîne de production du safran. 

A l’ENSA, la cueillette, « a dépassé nos prévisions », se félicite la cheffe du projet de la stratégie nationale Safran DZ au niveau de cette école Sihem Tellah. 

En moyenne, 1.700 fleurs ont été récoltées par jour sur une période d’une dizaine de jours, chaque bulbe produisant jusqu’à cinq fleurs et chaque fleur trois à cinq stigmates, ces petits filaments qui constituent la 
partie la plus précieuse et la plus utilisée dans la plante.

« Durant les prochaines années, la production sera encore plus abondante », assure la même responsable, mettant en avant l’effet cumulatif des plantations et l’amélioration progressive des itinéraires techniques, 
surtout dans le cadre de la stratégie.

L’objectif de ce mécanisme est d’arriver à une meilleure exploitation des potentialités que recèlent de nombreuses wilayas du pays dans cette activité, à l’instar de Khenchela, Ghardaïa et Tlemcen, selon le Centre de recherche scientifique et technique sur les régions arides (CRSTRA), qui relève que la filière compte aujourd’hui plus de 222 safraniers à travers le pays. 

Ces exploitations vont de petites parcelles à des champs atteignant 3 à 4 hectares, note le CRSTRA, qui participe à un projet de recherche dédié au safran, avec la participation de six pays européens et méditerranéen dont l’Allemagne, l’Italie, le Portugal, l’Espagne en plus de l’Algérie.

Ce projet de recherche euro-méditerranéen (Prima SaffronFood), « a démontré la qualité premium du safran algérien, vu notamment son taux élevé de crocine (+19 %), un résultat équivalent aux standards des meilleurs safrans mondiaux », affirme Mme Halouane.

Au-delà de l’évaluation de la qualité, « ces travaux ont permis de tester l’adaptabilité de la culture aux conditions pédoclimatiques locales », indique-t-elle, relevant que les résultats des essais pilotes ont montré que le safran s’adapte bien au climat des Hauts plateaux et aux zones montagneuses, caractérisées par des hivers froids et des étés secs. 

Ainsi, les rendements des plants, d’une région à une autre en Algérie, oscillent en moyenne entre 2 et 3 kg par hectare, mais peuvent atteindre 5 à 7kg/ha dans les conditions favorables, a-t-on relevé.

Mais, les conditions pédoclimatiques de la région de Khenchela « sont particulièrement favorables à cette culture », souligne pour sa part Pr Sihem Tellah, cheffe du projet de la stratégie nationale Safran DZ à 
l’ENSA, qui affirme que le lancement de la stratégie pour cette filière est « une décision historique, qui s’appuie sur des années de recherche scientifique ».

En plus des stigmates, les pétales de la plante sont également exploitées par les laboratoires pharmaceutiques pour la fabrication de médicaments et de produits de soins corporels, indique Mme Tellah, ajoutant que l’école cherche à conclure un partenariat avec le groupe Saidal afin de valoriser les sous-produits de cette plante.

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