Alors que l’attention internationale se détourne vers d’autres crises, le Soudan continue de sombrer dans une violence méthodique, presque banalisée par l’oubli.
Près de mille jours après le début du conflit opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide, le pays fait face à ce que l’ONU qualifie désormais de pire crise humanitaire au monde.
La mort, le 13 décembre, de six casques bleus bangladais à Kadougli, lors d’une attaque contre une base onusienne, a brièvement ravivé l’indignation.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dénoncé un acte « injustifiable », rappelant que les attaques contre les forces de maintien de la paix peuvent constituer des crimes de guerre.
Mais sur le terrain, la spirale de la violence se poursuit. Kadougli et El-Fasher sont devenues les symboles d’une asphyxie organisée. Assiégées, coupées du monde, ces villes abritent des dizaines de milliers de civils piégés entre les combats et la famine.
À El-Fasher, après plus de 500 jours de siège, la situation est décrite comme apocalyptique : corps brûlés, marchés désertés, routes minées. Fuir est mortel, rester l’est tout autant.
La famine est désormais confirmée dans plusieurs régions, tandis que le Programme alimentaire mondial annonce une réduction drastique des rations faute de financements. Le pays compte plus de douze millions de déplacés, un record mondial.
Les femmes paient un tribut particulièrement lourd, victimes de violences sexuelles massives utilisées comme arme de guerre, dans une impunité quasi totale.
Face à l’impasse militaire, l’ONU tente de relancer une médiation à Genève, appelant à un arrêt des flux d’armes. Mais sur le terrain, les conquêtes dictent le rythme, non les négociations. Le Soudan meurt loin des caméras, dans un silence assourdissant qui constitue peut-être la plus tragique des violences.
L’UA condamne l’attaque meurtrière contre des Casques bleus à Kadugli
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a condamné fermement l’attaque meurtrière perpétrée par drone contre la base logistique de maintien de la paix de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA) à Kadugli, au Soudan, a indiqué dimanche un communiqué de la Commission.
Mahmoud Ali Youssouf a précisé que « cet acte odieux constituait une grave violation du droit international humanitaire et une atteinte aux efforts déployés pour promouvoir la paix et la stabilité au Soudan », ajoutant que cette attaque a causé des pertes en vies humaines et des blessures parmi le personnel bangladais de maintien de la paix.
Il a souligné que les attaques contre les Casques bleus « sont inacceptables et compromettent la paix et la sécurité régionales et internationales », affirmant que de tels actes « ne dissuaderont pas l’Union africaine et ses partenaires de leur engagement à soutenir les opérations de maintien de la paix et à protéger les civils ».
Mahmoud Ali Youssouf a appelé à ce que les responsables de cette attaque « soient rapidement identifiés et traduits en justice » et exhorté toutes les parties au conflit à « respecter leurs obligations en vertu du droit international, notamment la protection des casques bleus et du personnel humanitaire ».
Il a enfin exprimé la « pleine solidarité » de l’Union africaine avec le personnel de maintien de la paix touché et les pays contributeurs.
