invité du Forum DK News : Une conférence magistrale d’Abd-El-Naceur Belaïd ravive l’éclat mondial des manifestations du 11 décembre 1960

dknews
9 Min Read

Le Forum DK News a accueilli une rencontre de haute tenue intellectuelle, marquée par l’intervention remarquable de l’historien et ancien diplomate Mr Abd-El-Naceur Belaïd.

Devant un public composé de journalistes, d’universitaires de la Faculté de l’information et de la communication, le conférencier a livré une analyse dense et éclairante sur la portée internationale des manifestations du 11 décembre 1960.
Dans une atmosphère empreinte d’attention et de respect, Mr Belaïd a replongé l’auditoire dans l’un des tournants majeurs du combat algérien, un épisode où le peuple, en se soulevant massivement
et spontanément, bouleversa l’ordre colonial et fit vaciller l’illusion d’une Algérie docile que la puissance coloniale tentait encore de projeter au monde.
Dès les premières minutes de son intervention, l’historien a établi un lien fort entre le travail médiatique contemporain et la longue tradition de résistance intellectuelle qui accompagna la lutte pour l’indépendance.

L’évocation de figures emblématiques de la presse et de la diplomatie révolutionnaire conféra à la rencontre une dimension mémorielle intense.
L’assistance, profondément attentive, salua un hommage vibrant à ceux dont la plume, le courage et la vision contribuèrent à forger la conscience nationale.
Par cette rétrospective rigoureuse et passionnée, Mr Belaïd a redonné vie à une période où chaque mot, chaque image et chaque témoignage portaient un poids politique déterminant.
L’historien a replacé les manifestations du 11 décembre 1960 dans le contexte extrêmement tendu d’une Algérie entrée dans sa sixième année de lutte armée.
L’administration coloniale tentait encore de préserver un récit officiel laissant croire que la situation était sous contrôle et que la majorité de la population musulmane restait indifférente, voire favorable aux projets politiques du général de Gaulle.

La visite de ce dernier en Algérie, du 9 au 14 décembre, devait sceller ce récit et offrir à Paris des images rassurantes destinées à l’opinion publique internationale.
Tout avait été soigneusement préparé pour présenter une Algérie prétendument apaisée, prête à emprunter une voie tracée par la République française.
Mais le scénario élaboré par les autorités françaises fut brutalement renversé par un événement inattendu : un geste humiliant commis par de jeunes Européens à l’encontre d’Algériens, dans une atmosphère déjà explosive.
Ce déclencheur, que Mr Belaïd qualifiera de « fissure dans la mise en scène coloniale », libéra une colère longtemps contenue.

Presque immédiatement, Alger devint le cœur d’une mobilisation gigantesque.
Des milliers d’Algériens, venus de Belcourt, Bab El Oued, de la Casbah et des quartiers périphériques, convergèrent vers les grandes avenues, scandant des slogans en faveur du FLN et de l’indépendance.
Les youyous qui éclatèrent alors dans le ciel de la capitale, dira le conférencier, résonnaient comme « le glas du colonialisme ».
Ce soulèvement fulgurant, né d’une initiative populaire, se propagea en quelques heures à travers l’ensemble du pays.
Oran, Constantine, Annaba, Blida, Béjaïa, Tlemcen, Sidi Bel-Abbès, Chlef, Ain Témouchent et plusieurs autres villes furent touchées.
L’Algérie se transforma en un immense espace d’affirmation nationale, où chaque quartier, chaque rue, chaque village devint le théâtre d’une revendication unanime et irréversible.
Pour Mr Belaïd, ces journées ont démontré, de manière irréfutable, que le FLN disposait d’un soutien populaire massif, contredisant formellement les discours officiels français qui tentaient de minimiser sa légitimité.

L’un des éléments les plus percutants analysés par le conférencier concerne la dimension médiatique des manifestations.
Le général de Gaulle était accompagné d’une importante délégation de journalistes européens et américains.
Initialement conviés pour relayer l’image d’une colonie docile, ils furent, malgré eux, les témoins directs de la mobilisation et de la répression qui l’accompagna.
Leurs reportages, publiés dans les heures qui suivirent, firent le tour du monde.
Ces images et ces récits, captés souvent au milieu de la foule, exposèrent une vérité que Paris ne pouvait plus dissimuler : l’Algérie réclamait son indépendance et elle le faisait avec une force impossible à occulter.
Selon Mr Belaïd, ces reportages accomplirent en une journée ce que des années de plaidoyers diplomatiques n’avaient pu totalement réaliser.
L’impact fut immédiat sur la scène internationale.
Depuis plusieurs mois, les pays afro-asiatiques tentaient d’inscrire la question algérienne à l’ordre du jour des Nations unies.
La France s’y opposait avec véhémence.

Mais les événements du 11 décembre bouleversèrent l’équilibre diplomatique.
Le 19 décembre 1960, huit jours seulement après les manifestations, l’Assemblée générale adopta la Résolution 1573 (XV) reconnaissant explicitement le droit du peuple algérien à l’autodétermination.
Le lendemain, une nouvelle résolution étendait ce principe à l’ensemble des peuples colonisés.
L’Algérie devenait ainsi un moteur symbolique du vaste processus de décolonisation qui ébranlait alors les grands empires.
Mr Belaïd a insisté sur le choc psychologique qu’engendrèrent ces manifestations au sein même du pouvoir colonial.
La France, qui tentait encore de remporter la « bataille des cœurs et des esprits », comprit que cette bataille était irrémédiablement perdue.
Les images d’un peuple soudé, exalté et déterminé eurent un effet dévastateur sur l’administration coloniale, où les partisans d’une solution négociée commencèrent à gagner du terrain.
Les événements du 11 décembre contribuèrent ainsi à accélérer un processus politique qui conduira, deux ans plus tard, aux Accords d’Évian et à la reconnaissance formelle de l’indépendance de l’Algérie.
L’historien a également souligné la puissance symbolique des drapeaux algériens confectionnés artisanalement et brandis au péril de la vie.
Ces drapeaux, dans une Algérie encore sous domination coloniale, représentaient un acte de souveraineté anticipée, un geste identitaire majeur.
De nombreux correspondants étrangers furent frappés par ces images et les décrivirent comme la preuve ultime que le peuple algérien ne se considérait plus comme un « sujet administré », mais comme une nation en marche vers son destin.

Dans son analyse, Mr Belaïd rappela que ces signes visuels jouèrent un rôle diplomatique et psychologique de premier ordre dans la reconnaissance internationale de la cause algérienne. La conférence s’est élargie à des figures essentielles de la Révolution, parmi lesquelles l’ALN, le GPRA, Frantz Fanon « premier ambassadeur de l’Algérie indépendante au Ghana », M’hamed Yazid, Saad Dahlab et Abane Ramdhane.
En évoquant l’ouvrage « Mission accomplie » de Saad Dahlab, Mr Belaïd a souligné la rigueur stratégique et la vision politique des artisans de la diplomatie révolutionnaire. Il a rappelé combien leurs écrits, leurs interventions et leurs engagements contribuèrent à construire l’architecture internationale qui permit à l’Algérie de se faire entendre, de convaincre et, enfin, de triompher.
En conclusion, Mr Belaïd a lancé un plaidoyer vibrant en faveur de la préservation de la mémoire du 11 décembre 1960. Pour lui, cet événement dépasse largement les limites d’une simple commémoration historique : il constitue l’un des moments les plus fondateurs de l’identité nationale.
Il rappelle la capacité du peuple algérien à se lever pour défendre sa dignité, son droit et son indépendance, et souligne que la liberté ne fut jamais octroyée mais conquise.
En retraçant cet épisode avec autant de précision, de profondeur et de passion, le conférencier a montré que la Révolution algérienne fut simultanément une bataille armée, diplomatique, médiatique et symbolique.
À travers cette intervention magistrale, prononcée dans un lieu hautement symbolique comme le Forum DK News, Mr Abd-El-Naceur Belaïd a offert une lecture, d’un peuple déterminé écrivit l’une des pages les plus lumineuses de son histoire.

Par ABED MEGHIT

Share This Article
Leave a Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *