ÉDITORIAL DKNEWS DU JOUR  La révolution silencieuse des doléances citoyennes : l’administration se rapproche enfin du terrain

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Pendant de longues années, le registre des doléances a été perçu par une grande partie des citoyens comme un simple cahier administratif destiné à recueillir des plaintes sans véritable suivi. Dans de nombreuses communes du pays, déposer une requête relevait davantage d’un acte symbolique que d’un réel espoir de voir une situation évoluer. Les citoyens écrivaient leurs préoccupations, dénonçaient des insuffisances ou formulaient des demandes liées à leur quotidien, avant de repartir avec le sentiment que leurs voix resteraient enfermées entre les murs d’une administration souvent jugée lente, distante et parfois incapable de répondre efficacement aux attentes.

Aujourd’hui, cette réalité connaît une transformation profonde portée par une nouvelle vision de la gouvernance publique impulsée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. La modernisation du registre des doléances dépasse désormais le simple cadre administratif. Elle s’inscrit dans une stratégie globale visant à rétablir la confiance entre les institutions et les citoyens à travers la numérisation, la transparence et l’obligation de résultat. Le changement opéré ces dernières années marque une rupture avec les anciennes pratiques bureaucratiques. Grâce à la généralisation des registres numérisés à travers les collectivités locales, les requêtes des citoyens sont désormais enregistrées, suivies et tracées en temps réel. Chaque doléance laisse une empreinte numérique qui empêche désormais sa disparition dans les méandres administratifs. Cette évolution traduit une volonté politique claire : faire en sorte qu’aucune préoccupation ne soit ignorée et qu’aucun citoyen ne soit laissé sans réponse. Les résultats enregistrés depuis la mise en œuvre de ce dispositif témoignent d’une dynamique nouvelle. Plus de 52.000 doléances ont été enregistrées à l’échelle nationale depuis 2023, avec un taux de traitement dépassant les 76 %. Certaines wilayas affichent même des performances remarquables. À Tlemcen, la quasi-totalité des requêtes ont trouvé une issue favorable, tandis qu’Annaba enregistre un taux de traitement supérieur à 97 %. Même des régions éloignées du Grand Sud, à l’image de Bordj Badji Mokhtar, atteignent des niveaux particulièrement encourageants avoisinant les 90 %.

Mais derrière ces chiffres se cache surtout une transformation profonde de la culture administrative. Le citoyen n’est plus considéré comme un simple usager passif attendant une réponse hypothétique. Il devient un acteur à part entière de l’action publique, capable d’interpeller les institutions, de signaler les insuffisances et de participer indirectement à l’amélioration des services publics. Chaque doléance raconte une réalité quotidienne parfois difficile : un quartier plongé dans l’obscurité faute d’éclairage public, des perturbations dans l’alimentation en eau potable, une école confrontée à des difficultés, un retard de raccordement ou encore un dossier administratif bloqué depuis des mois. Désormais, ces préoccupations ne peuvent plus être ignorées aussi facilement qu’auparavant. Elles sont suivies, évaluées et intégrées dans un circuit administratif plus transparent. Cette nouvelle approche contribue également à rapprocher l’administration du citoyen. Pendant longtemps, de nombreux Algériens avaient le sentiment de devoir courir derrière les administrations pour faire valoir leurs droits. Aujourd’hui, l’objectif affiché est inverse : permettre à l’administration d’être plus proche des citoyens, plus attentive à leurs préoccupations et surtout plus réactive dans le traitement des problèmes du quotidien. Le registre des doléances prend ainsi une dimension nouvelle en devenant un véritable outil de démocratie participative. La parole citoyenne gagne progressivement en valeur et en visibilité. Les préoccupations locales remontent plus rapidement vers les autorités concernées, permettant une meilleure prise en charge des besoins réels de la population. Cette dynamique s’inscrit également dans une vision plus large de modernisation de l’Etat. La numérisation des services publics apparaît désormais comme un levier essentiel pour améliorer l’efficacité administrative, réduire les lenteurs bureaucratiques et renforcer la transparence dans la gestion des affaires publiques. Au-delà des statistiques et des dispositifs techniques, un acquis majeur semble aujourd’hui se dessiner : la voix du citoyen laisse enfin une trace durable. Une trace qui ne peut plus être dissimulée au fond d’un tiroir ou oubliée sous une pile de dossiers administratifs. C’est précisément cette évolution qui nourrit progressivement une nouvelle relation entre l’Etat et les citoyens, fondée sur l’écoute, la proximité et la confiance.

Abed MEGHIT

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