L’Algérie amorce une mutation profonde de son modèle économique, portée par une vision stratégique désormais tournée vers la géoéconomie et la valorisation de ses ressources nationales. Longtemps tributaire des revenus des hydrocarbures, l’économie nationale semble aujourd’hui engagée dans un processus de transformation structurelle visant à diversifier ses sources de richesse et à renforcer sa compétitivité à l’échelle régionale et internationale. Cette dynamique repose sur une mobilisation multisectorielle où les mines, l’agriculture, les technologies de l’information, la transition énergétique et la gestion des ressources hydriques occupent une place centrale. L’ambition affichée n’est plus seulement de produire, mais de créer de la valeur ajoutée, d’optimiser les chaînes de production et d’inscrire le pays dans une logique d’économie productive et innovante. Les projets structurants lancés ces dernières années illustrent cette volonté. L’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet, l’un des plus importants au monde, et le développement de la mine de zinc-plomb de Tala Hamza-Amizour témoignent d’une nouvelle approche axée sur l’exploitation rationnelle des richesses minières.
À cela s’ajoute le projet intégré de phosphate dans l’Est du pays, appelé à devenir un levier majeur de développement industriel et d’exportation. Parallèlement, l’État s’attèle à renforcer les infrastructures nécessaires à cette transformation. La mise en service rapide de la ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar via Tindouf constitue un exemple concret de cette synergie entre planification stratégique et exécution opérationnelle. Cette infrastructure ne se limite pas au transport de minerais ; elle s’inscrit dans une logique d’intégration territoriale et de désenclavement des régions du Sud. Dans le domaine énergétique, l’Algérie s’oriente progressivement vers un mix énergétique plus équilibré. Tout en consolidant sa position sur le marché des hydrocarbures, le pays explore de nouvelles opportunités, notamment à travers le projet de gazoduc transsaharien, qui devrait renforcer son rôle de hub énergétique entre l’Afrique et l’Europe. La dimension technologique n’est pas en reste. Le projet de dorsale transsaharienne en fibre optique, reliant plusieurs pays africains sur des milliers de kilomètres, illustre la volonté de l’Algérie de s’imposer comme un acteur clé du numérique sur le continent. Ce réseau contribuera à réduire la fracture numérique et à stimuler les échanges économiques et technologiques dans la région. Dans cette même logique d’intégration continentale, la route transsaharienne reliant Alger à Lagos représente un axe stratégique majeur. Cette infrastructure, appelée à desservir plusieurs pays du Maghreb et du Sahel, pourrait transformer les dynamiques commerciales régionales en facilitant la circulation des biens et des personnes. L’ensemble de ces initiatives converge vers un objectif clair : positionner l’Algérie comme un pôle économique incontournable en Afrique. Cette ambition s’appuie sur une combinaison de facteurs, notamment la stabilité institutionnelle, la richesse des ressources naturelles et le potentiel humain. Ainsi, la transition économique en cours ne se limite pas à une simple adaptation conjoncturelle. Elle traduit une volonté politique affirmée de rompre avec les anciens modèles et de construire une économie résiliente, diversifiée et compétitive. Dans un contexte mondial marqué par de profondes mutations, l’Algérie semble déterminée à inscrire durablement son action dans la sphère géoéconomique.
Abed MEGHIT
