La situation dans la région du Golfe et du Moyen-Orient où l’escalade militaire se poursuivait lundi pour le 24e jour consécutif, suscite de plus en plus d’inquiétudes au sein de la communauté internationale, renforçant les appels à privilégier une issue diplomatique pour contenir les tensions et éviter un élargissement du conflit.
Depuis fin février, les initiatives internationales se multiplient pour favoriser le dialogue entre les parties concernées et ouvrir des perspectives de négociations, dans le but de prévenir une détérioration supplémentaire de la situation.
Dans ce contexte, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed Ben Abderrahmane ben Jassim Al-Thani, a examiné, lors d’un entretien téléphonique avec la haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, les développements de l’escalade militaire dans la région, ses répercussions sur la sécurité et la stabilité aux niveaux régional et international, ainsi que les moyens de résoudre tous les différends par des voies pacifiques.
Mme Kallas a notamment appelé à la désescalade, à faire prévaloir la raison et à privilégier les négociations et les moyens diplomatiques afin d’éviter davantage de chaos. Pour leur part, les chefs de la diplomatie de l’Arabie Saoudite, du Koweït, de l’Egypte et de la Turquie ont insisté sur la nécessité de renforcer la coordination et d’intensifier les efforts conjoints en vue d’un arrêt immédiat de toute escalade, d’un retour à la table des négociations et de privilégier la voie de la sagesse pour contenir la crise, afin de garantir la sécurité énergétique mondiale, la liberté de navigation, la protection de l’environnement et la stabilité de la région.
Dans le même sillage, la Chine a appelé à un arrêt immédiat des opérations militaires et à un retour au dialogue et aux négociations, dans un contexte de poursuite de l’extension du conflit au Moyen-Orient et d’aggravation des risques d’escalade.
« La Chine appelle fermement les parties au conflit au Moyen-Orient à cesser immédiatement les opérations militaires, à reprendre le dialogue et la négociation, et à ne pas poursuivre cette guerre qui n’aurait jamais dû éclater », a déclaré lundi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le président indonésien Prabowo Subianto ont, pour leur part, examiné, lors d’un entretien téléphonique, les tensions au Moyen-Orient, appelant à un arrêt immédiat des hostilités et à la résolution de tous les différends par le dialogue et la diplomatie.
Le ministre irakien des Affaires étrangères, Fouad Hussein, s’est, quant à lui, entretenu avec son homologue du Sultanat d’Oman, Badr Al-Busaidi, au sujet des développements dans la région. Les deux parties ont convenu de la nécessité d’intensifier les efforts diplomatiques et de trouver des solutions concrètes pour mettre fin au conflit et assurer la sécurité et la stabilité régionales. Un communiqué du ministère irakien des Affaires étrangères a précisé que les deux parties ont également évoqué les préparatifs de la prochaine réunion virtuelle des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe, soulignant l’importance de coordonner les positions arabes et de renforcer l’action commune face aux défis actuels.
Concernant l’impact du conflit sur les vols et la navigation aérienne, l’Autorité générale de l’aviation civile du Koweït a indiqué, dans une correspondance adressée à l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), que l’escalade dans la région a perturbé le trafic aérien, entraînant la suspension de tous les vols et causant des pertes financières importantes pour le secteur de l’aviation civile.
L’Autorité koweitienne a insisté, dans sa lettre, sur la nécessité pour l’OACI de prendre les mesures nécessaires afin de garantir la protection de l’espace aérien et des installations civiles et d’empêcher que de telles violations ne se reproduisent, de manière à assurer la sécurité de l’aviation civile.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a, elle, mis en garde sur le fait que l’escalade du conflit au Moyen-Orient pourrait provoquer la crise énergétique mondiale la plus grave de ces dernières décennies.
Appels à prévenir une crise humanitaire et alimentaire majeure
L’escalade militaire dans la région du Moyen-Orient et du Golfe se poursuivait mardi pour le 25e jour consécutif, dans un contexte marqué par des appels incessants à la communauté internationale à intensifier sa mobilisation pour prévenir une catastrophe humanitaire et alimentaire de grande ampleur dans la région et trouver une solution diplomatique à la crise.
Face à ces tensions persistantes, plusieurs agences onusiennes et humanitaires continuent de faire part de leurs craintes quant à une mutation de la guerre dans la région vers une crise alimentaire et humanitaire majeure dont les civils payent le prix, et alertent sur l’ampleur de la crise énergétique résultant du ciblage des installations énergétiques et des infrastructures économiques et vitales.
Dans ce contexte, le Programme alimentaire mondiale des Nations unies (PAM) a indiqué, dans un communiqué, qu' »environ 45 millions de personnes pourraient basculer dans une situation d’insécurité alimentaire aiguë si le conflit dans la région se poursuit », notant que « la crise risque de se transformer en une catastrophe humanitaire généralisée en l’absence d’une réponse adéquate ».
Il a ajouté que « le nombre total de personnes susceptibles de souffrir d’insécurité alimentaire pourrait atteindre 318 millions d’ici juin prochain, si les troubles actuels se poursuivent ». Le PAM a noté que « cette escalade a perturbé la distribution de dizaines de milliers de tonnes d’aide alimentaire destinées aux pays les plus pauvres du monde ».
Lors d’une conférence de presse lundi soir au siège de l’ONU, le directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), Ted Chaiban, a indiqué, pour sa part, que les enfants de la région « paient un lourd tribut » et que « toute escalade vers une guerre plus large et plus longue serait catastrophique pour des millions d’autres ».
Le responsable onusien a appelé, à cet effet, la communauté internationale à prendre trois mesures immédiates: « cessez-le-feu, protection des civils et des infrastructures civiles et garantie d’un accès sûr, rapide et sans entrave à l’aide humanitaire ». De son côté, l’Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) a averti que si les violences se poursuivent, le Moyen-Orient sera confronté à une crise éducative plus profonde, caractérisée par un déni croissant d’éducation pour les enfants les plus vulnérables, la perte d’enseignants et de chercheurs, un affaiblissement de la confiance du public dans les institutions, ainsi que des dommages durables aux capacités scientifiques de la région.
S’agissant des conséquences économiques et logistiques de cette guerre, le directeur exécutif du Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets, Jorge da Silva, a déclaré que les répercussions de la situation s’étendent au-delà de la région, « car les prix élevés du pétrole, du carburant et du gaz déstabilisent l’économie mondiale ».
D’après ce responsable, les opérations humanitaires subissent également une pression croissante, la fermeture de l’espace aérien, des voies maritimes et des principaux points de passage entravant l’accès aux fournitures essentielles, notamment aux médicaments. Da Silva a souligné à cet effet qu' »il n’y a pas de solution militaire », appelant à « un regain d’efforts diplomatiques pour mettre fin à la crise ».
Par ailleurs, la scène régionale continue de faire l’objet d’une intense activité diplomatique menée par les dirigeants des pays de la région à travers une série de contacts internationaux visant à discuter des répercussions de cette escalade croissante et des moyens de la contenir et d’en réduire les risques. Ainsi, le ministre saoudien des Affaires étrangères Fayçal ben Farhan Al-Saoud, s’est entretenu, au cours de ces dernières heures par téléphone, avec son homologue thaïlandais, Sihasak Phuangketikeo, afin d’évoquer les derniers développements dans la région et les efforts internationaux en cours.
