L’Algérie amorce une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources naturelles avec le lancement de l’exploitation de la mine de zinc et de plomb d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa. Ce projet d’envergure internationale, longtemps attendu par les acteurs économiques et industriels, marque un tournant décisif dans la stratégie nationale visant à relancer le secteur minier et à diversifier les sources de richesse du pays.
Situé dans une région connue pour la richesse de son sous-sol, le gisement polymétallique d’Oued Amizour est aujourd’hui considéré comme l’un des plus importants au monde dans sa catégorie. Les études géologiques réalisées ces dernières années ont révélé des réserves exploitables estimées à près de trente-quatre millions de tonnes de minerai, une quantité qui place ce site parmi les douze gisements de zinc et de plomb les plus significatifs à l’échelle internationale. Bien que la teneur moyenne du minerai soit relativement modeste « environ quatre pour cent pour le zinc et moins de un virgule cinq pour cent pour le plomb » , la valeur marchande élevée de ces métaux sur les marchés internationaux confère au projet un intérêt économique majeur. Le zinc joue en effet un rôle essentiel dans plusieurs secteurs industriels, notamment la galvanisation de l’acier, la fabrication d’alliages métalliques et certaines applications technologiques avancées. Quant au plomb, il demeure un matériau indispensable dans la production de batteries et dans diverses industries spécialisées. L’exploitation du gisement d’Oued Amizour repose sur une approche technique particulièrement sophistiquée. Contrairement à certaines exploitations minières à ciel ouvert, le projet privilégie une exploitation entièrement souterraine, une méthode qui permet de limiter l’impact visuel et environnemental tout en optimisant l’extraction du minerai. Cette option nécessite cependant des équipements modernes et une expertise technique avancée, mobilisant des compétences spécialisées dans les domaines de l’ingénierie minière et de la géologie. Au cœur du dispositif industriel figure la construction d’une usine de traitement du minerai utilisant la technologie de flottation. Ce procédé physico-chimique, largement utilisé dans l’industrie minière moderne, consiste à broyer le minerai jusqu’à obtenir des particules extrêmement fines, généralement inférieures à cent microns, avant d’introduire des réactifs spécifiques permettant de séparer les métaux utiles des autres composants rocheux. Grâce à cette technique, il devient possible d’obtenir un concentré métallique dont la pureté peut atteindre près de soixante pour cent, un niveau largement suffisant pour répondre aux exigences du marché international. Le projet d’Oued Amizour s’inscrit dans le cadre d’un partenariat stratégique associant l’Algérie, qui détient cinquante et un pour cent des parts, et la société australienne Terramin, partenaire technique et financier à hauteur de quarante-neuf pour cent. Cette coopération internationale vise à combiner l’expérience industrielle de l’entreprise étrangère avec les ressources et le potentiel minier du pays.
Au-delà de sa dimension économique, le projet devrait également générer des retombées sociales importantes pour la région. Les estimations évoquent la création de plusieurs milliers d’emplois directs et indirects durant la phase d’exploitation, prévue sur une période d’environ vingt ans. Cette dynamique devrait favoriser l’émergence d’activités économiques complémentaires, notamment dans les domaines du transport, des services industriels et de la formation professionnelle. La dimension environnementale a également été intégrée dès la conception du projet. Les résidus miniers issus du processus de traitement seront mélangés à du ciment afin de combler les cavités souterraines créées par l’exploitation. Cette technique permet non seulement de stabiliser les galeries minières et d’éviter les affaissements de terrain, mais aussi de réduire les risques de pollution des nappes d’eau par les résidus acides. À terme, la production de la mine d’Oued Amizour devrait contribuer au développement de l’industrie métallurgique nationale en fournissant des matières premières stratégiques destinées à la transformation locale. Les excédents seront exportés, générant ainsi des recettes en devises susceptibles de renforcer les réserves de change du pays. Dans un contexte où de nombreux États cherchent à sécuriser l’accès aux métaux stratégiques nécessaires à la transition énergétique et industrielle, l’exploitation de ce gisement représente une opportunité majeure pour l’Algérie de consolider sa place sur la scène minière internationale et d’ouvrir de nouvelles perspectives de développement économique.
Abed MEGHIT
