La ville de Djouab, à l’est de la wilaya de Médéa, a vécu jeudi un moment de profonde émotion et de recueillement à l’occasion du 68e anniversaire de la mort en martyr du commandant Si Lakhdar, l’un des chefs emblématiques de la Wilaya IV historique. Tombé au champ d’honneur le 5 mars 1958 lors d’un accrochage avec l’armée coloniale française au Djebel Boulegroune, ce jeune chef militaire demeure l’une des figures marquantes de la Guerre de libération nationale.
La cérémonie commémorative organisée à cette occasion a rassemblé d’anciens moudjahidine, des responsables locaux, des représentants d’organisations nationales et de nombreux citoyens venus rendre hommage à celui que l’histoire a surnommé le “Lion de Zbarbar”. Dans une allocution prononcée devant l’assistance, le secrétaire de wilaya de l’Organisation nationale des moudjahidine, Fouad Chaouati, a évoqué le parcours exceptionnel de ce chef militaire qui a marqué de son empreinte la résistance armée dans la région. Selon lui, le commandant Si Lakhdar était un stratège hors pair et un combattant courageux qui avait su déjouer à maintes reprises les plans des forces coloniales. Sa bravoure, son sens de l’organisation et son engagement total pour la cause nationale lui avaient valu un immense respect parmi ses compagnons d’armes.
« Son sacrifice pour la libération du pays restera à jamais gravé dans la mémoire collective du peuple algérien », a-t-il affirmé. De son vrai nom Said Mokrani, le commandant Si Lakhdar est né le 6 novembre 1936 dans une famille modeste du village de Guergour, près de l’ancienne Palestro, aujourd’hui Lakhdaria. Très jeune, il s’engage dans la lutte pour l’indépendance, participant activement à la mise en place des premières structures combattantes dans les régions de Lakhdaria et d’Aïn-Bessam. Rapidement recherché par les autorités coloniales en raison de son activité militante, il est contraint de vivre dans la clandestinité. Malgré cette situation périlleuse, il multiplie les actions armées contre les forces coloniales dans plusieurs régions, notamment à Tablat, Sour El-Ghouzlane et Djebel Bouzegza. Les archives du Musée régional du Moudjahid de Médéa relatent plusieurs opérations audacieuses menées par ses unités, qui infligèrent de lourdes pertes aux troupes coloniales. Avec son compagnon d’armes Ali Khodja, il forma des unités de commandos particulièrement efficaces qui embrasèrent les maquis de Zbarbar, Tablat et Bouira. Reconnaissant ses qualités militaires et son sens stratégique, le colonel Si M’hamed Bouguerra, alors responsable de la Wilaya IV historique, lui confia plusieurs missions d’organisation militaire et de planification d’opérations offensives. Ces succès répétés lui valurent le surnom de “Lion de Zbarbar”, symbole de son courage et de son audace.
Dans la nuit du 4 au 5 mars 1958, lors d’un violent accrochage avec l’armée coloniale au Djebel Boulegroune, le jeune commandant est grièvement blessé. Malgré les efforts de ses compagnons pour l’évacuer, il succombe à ses blessures à l’âge de 22 ans. Aujourd’hui encore, la mémoire de ce héros demeure vivante. Une stèle commémorative érigée à proximité du lieu de sa sépulture au douar Zenine rappelle le sacrifice de ce jeune chef militaire qui a consacré sa vie à la liberté de son pays.
Abed MEGHIT
