Durant le mois sacré du Ramadhan, les traditions culinaires prennent une dimension particulière dans les foyers algériens. Bien plus qu’un simple moment consacré à l’alimentation, la rupture du jeûne représente un véritable rituel social et culturel profondément enraciné dans la mémoire collective.
Chaque région du pays perpétue ses propres recettes et ses habitudes culinaires, offrant ainsi une mosaïque de saveurs qui reflète la richesse du patrimoine gastronomique national.
Dans la wilaya de Tissemsilt, l’un des plats emblématiques qui dominent la table du ftour demeure sans conteste la h’rira, une soupe traditionnelle dont la préparation varie légèrement selon les familles et les villages. Dans cette région, elle est souvent élaborée à base de tchicha et de mermez, deux ingrédients typiques qui lui confèrent une texture particulière et un goût authentique.
Véritable reine de la table ramadanesque, la h’rira est généralement le premier plat servi au moment de l’iftar, symbolisant à la fois chaleur, partage et convivialité. Autour de cette soupe incontournable gravitent plusieurs spécialités locales qui viennent enrichir la table familiale. Parmi elles figure la célèbre maâkouda, une préparation à base de pommes de terre, croustillante à l’extérieur et fondante à l’intérieur, qui séduit toutes les générations.
Ces plats, transmis de mère en fille depuis des décennies, constituent un patrimoine culinaire vivant qui renforce les liens entre les membres de la famille. L’approche du moment de la rupture du jeûne transforme également l’ambiance dans les villes et les villages. Environ une heure avant l’appel à la prière du Maghreb, les rues se vident progressivement, chacun rejoignant son domicile pour se préparer à partager le repas du soir. Les cuisines s’animent alors dans une atmosphère particulière où se mêlent odeurs d’épices, vapeur des marmites et gestes précis hérités des traditions familiales.
Lorsque retentit l’appel du muezzin ou la sirène annonçant la prière du Maghreb dans certaines localités, la table est déjà soigneusement dressée. Selon la tradition, la rupture du jeûne débute généralement par la dégustation de quelques dattes accompagnées de petit-lait, un geste simple mais chargé de symbolique.
Vient ensuite le bol de h’rira fumante qui réchauffe les corps après une longue journée de jeûne.
La table du ftour ne s’arrête toutefois pas à ces premiers plats. Des œufs durs assaisonnés de sel et de cumin viennent souvent compléter l’entrée, tandis que diverses préparations sucrées ou salées garnissent les plateaux.
Les pâtisseries traditionnelles, riches en miel et en amandes, côtoient les plats frits ou mijotés dans une abondance caractéristique de ce mois de générosité. Ces dernières années, de nouvelles habitudes culinaires ont également fait leur apparition dans certaines familles. Les grillades de viande maigre ou de poisson s’invitent désormais sur la table du ftour, répondant à une volonté croissante de privilégier des repas plus équilibrés tout en conservant l’esprit convivial des traditions ramadanesques. Cette évolution illustre la capacité des pratiques culinaires à s’adapter aux nouvelles préoccupations liées à la santé et au bien-être. Le repas du ftour s’étend généralement sur près d’une heure, un moment privilégié où les membres de la famille prennent le temps d’échanger et de partager leurs impressions de la journée. Une fois le repas terminé, chacun reprend ses activités selon ses habitudes : certains se rendent à la mosquée pour accomplir la prière, tandis que d’autres s’occupent de la vaisselle ou se réunissent devant les programmes télévisés spécialement diffusés durant cette période.
La soirée ne s’achève toutefois pas à la maison. Après la prière, de nombreuses familles profitent de la fraîcheur de la nuit pour sortir se promener dans les rues animées, visiter des proches ou déguster un thé accompagné de pâtisseries traditionnelles. Ces moments de convivialité prolongent l’esprit du Ramadhan, un mois où la solidarité, la générosité et le partage prennent tout leur sens.
Ainsi, à travers des plats emblématiques comme la h’rira, les traditions culinaires continuent de jouer un rôle essentiel dans la préservation de l’identité culturelle et sociale des régions algériennes, faisant de chaque iftar un véritable voyage au cœur des saveurs et des valeurs qui façonnent la société.
Abed MEGHIT
