Le processus législatif visant à criminaliser la colonisation française en Algérie franchit une étape déterminante avec la tenue de la première réunion de la commission parlementaire paritaire des deux chambres du Parlement.
Réunie au siège du Conseil de la nation, cette instance a été installée pour élaborer une formulation consensuelle concernant les dispositions du texte qui font encore l’objet de divergences entre les deux assemblées.
La séance a été présidée par Azouz Nasri, en application des mécanismes constitutionnels prévus pour harmoniser la production législative nationale.
Cette démarche fait suite à une demande du Premier ministre visant à activer la procédure de conciliation parlementaire afin d’aboutir à une loi structurée, juridiquement solide et conforme aux constantes de l’État algérien.
Dans son allocution d’ouverture, Azouz Nasri a souligné la portée historique et souveraine du projet de loi, qualifiant l’entame des travaux de moment charnière dans le traitement institutionnel de la mémoire nationale. Il a insisté sur la nécessité d’ériger ce texte en référence législative, reposant sur des fondements juridiques rigoureux et porteur d’une vision claire du rapport de l’Algérie à son passé colonial.
Réaffirmant la position officielle de l’État, exprimée à plusieurs reprises par le président Abdelmadjid Tebboune, il a rappelé que l’Algérie demeure attachée à l’exigence de reconnaissance des crimes du colonialisme, tout en rejetant toute logique de marchandage de la mémoire nationale. Cette orientation politique vise à inscrire la question mémorielle dans une démarche de justice historique plutôt que dans une approche transactionnelle.
Les travaux de la commission ont été marqués par l’élection de son bureau, chargé de conduire les discussions et de formuler une proposition consensuelle.
Les débats portent sur treize articles du projet de loi, révélant l’ampleur des enjeux juridiques et symboliques associés au texte. La commission a pour mission de produire une version harmonisée capable de refléter la volonté des deux chambres tout en respectant l’équilibre institutionnel.
Au-delà du cadre national, les responsables parlementaires ambitionnent de faire de cette loi un précédent législatif au niveau africain, établissant une approche juridique structurée du traitement des crimes du colonialisme.
L’initiative s’inscrit dans une dynamique de consolidation de la souveraineté mémorielle et de formalisation juridique du récit historique national.
Elle illustre également le rôle central du Parlement dans la construction normative de la mémoire collective et dans la défense des principes fondamentaux de l’État.
Par Abed MEGHIT
