L’Algérie se trouve à un moment charnière de son évolution politique, institutionnelle et géopolitique. Dans un contexte régional et international marqué par des recompositions rapides, des tensions stratégiques et des mutations profondes des rapports de force, le pays a plus que jamais besoin d’un appui politique solide, structuré et crédible.
Or, la réalité actuelle de la scène partisane interpelle.
Soixante-neuf partis sont officiellement reconnus.
Un chiffre qui, à première vue, pourrait traduire un pluralisme dynamique.
Mais derrière cette abondance formelle se cache une question essentielle : combien de ces formations incarnent réellement une force politique active, enracinée dans la société et capable d’influencer le débat public ? Force est de constater que nombre de partis ne se manifestent que lors des échéances électorales.
Leur présence sur le terrain, au contact des citoyens, dans les quartiers, les universités, les espaces économiques et sociaux, demeure marginale, voire inexistante.
Cette situation alimente un décalage préoccupant entre l’offre politique et les attentes réelles de la société.
La pratique partisane, dans bien des cas, semble s’être éloignée de sa mission première : structurer le débat, encadrer les aspirations, formuler des projets et participer activement à l’édification institutionnelle.
Certes, l’Algérie compte des partis historiques qui ont marqué la vie politique nationale par leur longévité, leur ancrage et leur contribution aux grandes étapes de l’histoire contemporaine.
Ces formations continuent de jouer un rôle central dans le paysage institutionnel.
Mais elles évoluent désormais dans un environnement saturé par une multitude d’entités dont l’existence se limite parfois à une présence administrative sans véritable impact sociétal.
Cette prolifération brouille la lisibilité de la scène politique et fragilise la crédibilité globale du système partisan.
De nombreux observateurs et acteurs politiques appellent ainsi à une révision profonde de l’échiquier partisan.
L’objectif n’est pas de restreindre le pluralisme, mais de lui redonner du sens.
Il s’agit de consolider la pratique politique sur des bases constitutionnelles, juridiques et institutionnelles renforcées, afin que les partis deviennent un véritable socle pour l’édification d’institutions fortes, crédibles et en phase avec les aspirations populaires.
La réforme engagée dans ce domaine vise précisément à rationaliser la vie partisane et à mettre fin aux dérives qui ont terni l’image de la classe politique. Parmi ces dérives figure le phénomène du nomadisme politique, encouragé par la faiblesse structurelle de certains partis incapables d’offrir un cadre stable et cohérent à leurs élus.
Ce phénomène, qui consiste à changer d’appartenance partisane au gré des circonstances, a contribué à affaiblir la confiance des citoyens dans leurs représentants.
La mise en place d’un cadre juridique plus rigoureux, assorti de mécanismes de responsabilisation et, le cas échéant, de sanctions, apparaît comme une nécessité pour restaurer la discipline partisane et la cohérence institutionnelle.
Assainir la scène politique ne signifie pas exclure, mais exiger.
Exiger une présence effective sur le terrain, une structuration interne démocratique, un projet clair et une contribution réelle au débat national.
Les partis doivent redevenir des espaces de formation, de réflexion et de proposition.
Ils doivent porter des visions stratégiques en matière de développement économique, de justice sociale, de souveraineté nationale et de positionnement international.
L’Algérie fait face à des enjeux majeurs : diversification économique, transition énergétique, sécurité régionale, intégration africaine, mutations technologiques.
Ces défis requièrent des forces politiques matures, capables d’accompagner les réformes, d’enrichir les politiques publiques et de mobiliser les citoyens autour d’objectifs communs.
Le pays a besoin de grands partis, structurés et responsables, qui constituent une vitrine politique crédible à l’intérieur comme à l’extérieur.
La conjoncture actuelle impose une mue profonde de la classe politique.
Il ne s’agit plus de multiplier les sigles, mais de renforcer la qualité de l’engagement.
Mettre un terme aux pratiques superficielles, dépasser le folklore politique et inscrire l’action partisane dans une logique de responsabilité nationale : tel est l’enjeu.
L’Algérie a besoin d’un appui politique sûr et déterminant, porté par des formations solides, enracinées et à la hauteur des transformations du monde contemporain.
C’est à cette condition que la pratique partisane retrouvera ses lettres de noblesse et que la démocratie pourra se consolider durablement.
Par Abed MEGHIT
