La crise persistante des rendez-vous de visas espagnols en Algérie ne relève plus d’un simple dysfonctionnement administratif. Elle s’est transformée, au fil des mois, en un phénomène structurel aux répercussions économiques, sociales et diplomatiques tangibles.
Derrière les plateformes saturées et l’absence chronique de créneaux disponibles, se développe une économie parallèle florissante, alimentée par des réseaux frauduleux qui exploitent la détresse des citoyens et fragilisent les échanges entre l’Algérie et l’Espagne.
Sur le marché noir, les tarifs exigés pour l’obtention d’un simple rendez-vous oscillent entre 500 et 1.000 euros.
Une somme exorbitante pour un service censé être accessible et réglementé.
Selon plusieurs estimations basées sur les témoignages de demandeurs et de professionnels du voyage, ce trafic générerait plusieurs millions d’euros par an, échappant totalement aux circuits fiscaux et aux mécanismes de contrôle.
Cette situation a des conséquences directes sur l’économie espagnole elle-même.
Le touriste algérien, qui dépense en moyenne entre 800 et 1.200 euros par séjour, représente un apport non négligeable pour le secteur touristique, notamment dans des régions prisées comme la Catalogne, l’Andalousie ou la Communauté valencienne.
L’impossibilité pour des milliers de voyageurs d’obtenir un visa se traduit par des pertes financières significatives, dans un contexte de forte concurrence entre destinations méditerranéennes. Mais la crise dépasse largement le cadre du tourisme.
Elle affecte aussi les opérateurs économiques algériens, importateurs et commerçants qui se rendent régulièrement en Espagne pour participer à des salons professionnels, négocier des contrats ou s’approvisionner en marchandises.
Les retards et blocages administratifs entraînent des annulations de déplacements, la perte d’opportunités commerciales et une dépendance accrue à des intermédiaires coûteux, affaiblissant la fluidité des échanges bilatéraux.
Le coût humain est tout aussi alarmant. Pour de nombreuses familles, débourser l’équivalent de plusieurs mois de salaire pour un rendez-vous constitue une charge insoutenable.
Ceux qui refusent de céder à ce système illégal se retrouvent exclus de facto du droit de voyager, nourrissant un profond sentiment d’injustice et de marginalisation.
La centralisation exclusive des demandes via BLS International, combinée à la suppression de l’agenda consulaire propre, a accentué cette dépendance à un système saturé.
Même les demandes à caractère humanitaire ou familial sont désormais soumises aux mêmes contraintes, créant un goulot d’étranglement administratif propice à la prolifération des réseaux frauduleux.
À terme, cette crise porte atteinte à la crédibilité des procédures consulaires espagnoles et à l’image des dispositifs de sous-traitance.
Faute d’actions correctives visibles, le risque est réel de voir s’installer durablement une économie parallèle du visa, au détriment de la transparence, de l’équité et des intérêts économiques des deux pays.
De plus en plus de voix appellent désormais à une intervention urgente et coordonnée des autorités algériennes et espagnoles afin de restaurer la confiance et garantir un accès équitable à la mobilité internationale.
Par Abed Meghit
