Il est des infrastructures qui dépassent leur simple fonction technique pour devenir des symboles.
Le train reliant la mine de Gara Djebilet à la ville de Béchar appartient indéniablement à cette catégorie rare des réalisations qui racontent un pays, son histoire, ses choix stratégiques et sa projection vers l’avenir.
Inauguré officiellement à Béchar par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, ce train n’est décidément pas comme les autres.
Il incarne bien plus qu’un axe ferroviaire : il est une affirmation de souveraineté, un levier économique majeur et un marqueur fort de la nouvelle trajectoire nationale.
D’abord par la performance.
Réaliser 950 kilomètres de voie ferrée en seulement 24 mois relève de l’exploit industriel et organisationnel.
Cette rapidité d’exécution traduit une volonté politique claire et une capacité de mobilisation rarement atteinte à une telle échelle.
Mais réduire cette réalisation à un simple record de délais serait passer à côté de son essence.
Car ce train réveille une richesse longtemps restée en sommeil : le gisement de fer de Gara Djebilet, l’un des plus importants au monde, avec des réserves estimées à près de deux milliards de tonnes.
En mettant en exploitation ce trésor stratégique, l’Algérie ouvre une nouvelle page de son histoire économique.
Ce projet ferroviaire constitue un puissant levier de diversification économique.
Il contribue à affranchir progressivement le pays de sa dépendance historique aux hydrocarbures et à repositionner l’économie nationale sur des bases plus solides et durables.
Le minerai transporté par ce train alimente non seulement l’industrie nationale, mais s’inscrit aussi dans les équilibres du marché international du fer et de l’acier, où l’Algérie est appelée à jouer un rôle croissant.
Avec un trafic quotidien de 24 trains minéraliers dans les deux sens, complété par des trains de marchandises et de voyageurs, cette ligne devient une artère vitale du développement national.
Mais ce train est aussi porteur de sens historique et géopolitique.
Il éclaire un pan souvent méconnu de l’histoire liée à l’intégrité territoriale et aux convoitises régionales.
En reliant directement le sud-ouest algérien aux grands pôles économiques nationaux, il démonte définitivement la thèse fallacieuse de « l’accès à l’Atlantique », longtemps instrumentalisée pour justifier des ambitions expansionnistes au détriment du Sahara occidental.
Ce projet enlève ce que l’on appelle, dans notre langage populaire, le « Mesmar Djeha » : il neutralise, une bonne fois pour toutes, un argument artificiel, en affirmant la cohérence et l’autonomie stratégique du territoire algérien.
L’impact social de cette réalisation est tout aussi considérable.
À court terme, ce sont 5.000 emplois directs et 20.000 emplois indirects qui sont générés, avec des perspectives de multiplication par cinq à moyen et long terme.
Le développement de la région de Béchar et des zones traversées devient une réalité tangible, portée par l’industrialisation, les services, les infrastructures et la mobilité.
Ce train transporte aussi, dans ses wagons, l’espoir d’un rééquilibrage territorial longtemps attendu.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte national marqué par une série de réalisations majeures.
En l’espace de quinze jours, deux satellites algériens ont été mis en orbite, portant à huit le nombre total de satellites nationaux et propulsant l’Algérie au rang de puissance spatiale africaine.
La numérisation, structurellement avancée, comble un retard technologique et ouvre des horizons nouveaux.
L’Algérie est passée du statut de pays importateur à celui d’exportateur de biens et de services, tout en assurant, fait majeur, sa sécurité alimentaire, avec des perspectives encore plus prometteuses grâce à l’agriculture saharienne.
Ce train n’est donc pas un simple moyen de transport.
Il est une vision, une affirmation et un message.
Il dit que l’Algérie avance, qu’elle transforme ses ressources en puissance productive et qu’elle bâtit son avenir sur des bases souveraines.
Ce train n’est pas comme les autres.
Il est celui de la nouvelle Algérie, résolument tournée vers le progrès, la dignité et l’indépendance économique.
Abed MEGHIT
