« Groenland, G7 et menaces douanières » , un SMS qui révèle la tension entre Paris et Washington .
La diplomatie internationale a connu, ces derniers jours, un épisode pour le moins inédit, révélateur des tensions croissantes entre Paris et Washington.
Le président américain Donald Trump a rendu public un message privé envoyé par son homologue français Emmanuel Macron, exposant au grand jour des échanges que l’Élysée pensait confidentiels.
Un geste spectaculaire qui illustre la fragilité des relations transatlantiques, sur fond de divergences stratégiques autour du Groenland, de l’Ukraine et des menaces de sanctions commerciales.
Publié par Donald Trump lui-même, le SMS en question montre un président français cherchant à comprendre l’attitude américaine vis-à-vis du Groenland et tentant d’ouvrir une voie de dialogue multilatéral.
« Je ne comprends pas ce que vous faites sur le Groenland. Essayons de construire de grandes choses ensemble », écrit Emmanuel Macron dans un message authentifié par son entourage. Il y évoque également des convergences sur la Syrie et l’Iran, tout en proposant une rencontre à Paris dans un format inédit.
Dans ce message, le président français invite Donald Trump à participer à un sommet du G7 à Paris, élargi de manière exceptionnelle à d’autres acteurs, notamment la Russie, l’Ukraine, le Danemark et même la Syrie, afin de discuter des dossiers sensibles.
Une proposition audacieuse, qui aurait constitué une première depuis près de quatre années de guerre en Ukraine, et qui témoigne de la volonté de Paris de jouer un rôle de médiateur international.
Mais la publication de ce SMS par le président américain a été perçue comme un camouflet diplomatique pour l’Élysée.
Loin de l’apaisement espéré, ce geste a ravivé les tensions. Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, le message démontre pourtant une cohérence entre la position publique et privée du chef de l’État français, notamment sur la question du Groenland, où Paris défend fermement le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale.
La France rappelle ainsi que son engagement en tant que membre de l’OTAN pour la sécurité de la région arctique demeure intact.
Elle se dit également déterminée à faire de sa présidence du G7 un moment utile pour renforcer le dialogue international.
Initialement prévu à Évian-les-Bains les 14 et 15 juin, le sommet a été reporté du 15 au 17 juin afin de s’adapter à l’agenda du président américain. Cependant, malgré ces tentatives de conciliation, les relations entre les deux capitales se crispent dangereusement. La participation de la France à un exercice militaire européen sur le territoire groenlandais a provoqué la colère de Washington.
À cela s’ajoute le refus français de rejoindre le « Conseil de la Paix » proposé par Donald Trump, jugé incompatible avec les engagements internationaux de la France et le cadre des Nations unies.
En réaction, Donald Trump a brandi une menace lourde de conséquences économiques : l’instauration de droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français.
« Je vais mettre 200 % de droits de douane sur ses vins et champagnes. Et il y adhérera », a-t-il lancé devant des journalistes en Floride, illustrant une fois de plus sa diplomatie transactionnelle et brutale.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a justifié la position de Paris en soulignant que le cadre proposé par Washington ne respectait pas les principes du multilatéralisme onusien.
Une ligne assumée, mais qui expose la France à des représailles commerciales potentiellement sévères.
Cet épisode marque un tournant symbolique dans les relations franco-américaines.
Entre volonté de dialogue et rapports de force assumés, il révèle les limites de la diplomatie traditionnelle face à un partenaire imprévisible.
Le SMS rendu public, au-delà de l’anecdote, illustre la complexité d’un monde où la communication privée peut devenir une arme politique, et où les équilibres diplomatiques se jouent désormais aussi sur le terrain de la mise en scène médiatique.
Si Paris tente encore de préserver le dialogue, l’avenir des relations avec Washington dépendra de la capacité des deux capitales à dépasser les tensions actuelles, dans un contexte international déjà fragilisé par les crises géopolitiques majeures.
Par Abed Meghit
