Dix ans après sa disparition, la figure de Hocine Aït Ahmed continue de susciter réflexion, admiration et débat.
Moudjahid, dirigeant historique du mouvement national, intellectuel engagé et défenseur infatigable des libertés, il demeure l’une des personnalités les plus marquantes et les plus complexes de l’histoire contemporaine de l’Algérie.
C’est à cette trajectoire exceptionnelle, à la croisée de la lutte anticoloniale et du combat démocratique, que des universitaires, historiens et chercheurs ont consacré une table ronde de haut niveau, organisée dans le cadre du colloque international dédié à son parcours militant et à son héritage intellectuel.
Placée sous le thème évocateur « De la lutte contre le colonialisme au combat démocratique », cette rencontre, tenue lors de la deuxième journée du colloque, a permis de revisiter l’action politique, diplomatique et intellectuelle d’un homme qui n’a jamais cessé de placer la liberté, la dignité et le pluralisme au cœur de son engagement.
Un acteur clé de l’internationalisation de la cause algérienne
L’historien français Gilles Manceron a mis en lumière l’un des aspects majeurs, parfois sous-estimés, de l’action de Hocine Aït Ahmed : son rôle déterminant dans l’internationalisation de la cause algérienne durant la Guerre de libération nationale. Selon lui, Aït Ahmed ne fut pas seulement un militant de terrain ou un stratège politique, mais également un diplomate visionnaire, conscient très tôt de l’importance du soutien international dans la lutte contre le colonialisme français.
« Hocine Aït Ahmed était un homme de terrain et de culture », a souligné Manceron, rappelant que le défunt moudjahid a su porter la voix de l’Algérie combattante dans les grandes capitales et auprès des instances internationales, contribuant à faire reconnaître la légitimité du combat du peuple algérien.
Son action diplomatique, inscrite dans une vision globale de la lutte des peuples pour leur émancipation, a fait de lui un acteur central du mouvement anticolonial au XXe siècle.
Une personnalité plurielle, loin des enfermements identitaires
Au-delà de son rôle historique, les intervenants ont insisté sur la dimension profondément pluraliste de la pensée d’Aït Ahmed.
Refusant toute lecture réductrice ou exclusive de l’identité nationale, il a constamment défendu une Algérie diverse, riche de ses composantes culturelles, linguistiques et historiques.
Pour Gilles Manceron, Aït Ahmed est resté toute sa vie fidèle à une conception ouverte de la nation, refusant « l’enfermement dans une identité figée ».
Cette posture, souvent incomprise ou contestée de son vivant, apparaît aujourd’hui comme l’un des piliers de son héritage intellectuel, à l’heure où les sociétés sont confrontées aux défis du repli identitaire et de l’intolérance.
Un révolutionnaire au service des peuples opprimés
Le sociologue Aïssa Kadri est revenu, quant à lui, sur la lutte acharnée menée par Hocine Aït Ahmed contre le colonialisme français, rappelant les hauts faits d’un homme qui a très tôt rejoint le combat pour l’indépendance nationale.
Il a mis en exergue la dimension profondément universaliste de son engagement, soulignant que le combat d’Aït Ahmed ne se limitait pas aux frontières de l’Algérie.
Ses idées révolutionnaires, a-t-il expliqué, s’inscrivaient dans une vision globale de la libération des peuples opprimés, faisant écho aux luttes menées en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Pour Aïssa Kadri, Hocine Aït Ahmed incarnait cette génération de leaders qui concevaient l’indépendance nationale comme une étape vers une émancipation plus large, fondée sur la justice sociale et la souveraineté des peuples.
Fidélité aux principes du 1er Novembre
De son côté, le professeur Smaïl Tahi, de l’Université de M’sila, a revisité les positions et les contributions d’Aït Ahmed durant la Révolution de libération nationale.
Il a insisté sur la cohérence de son parcours, marqué par une fidélité sans faille aux principes fondateurs du 1er Novembre 1954. Selon lui, le combat politique, intellectuel et diplomatique de Hocine Aït Ahmed fait de lui une « personnalité hors du commun », restée fidèle à ses convictions, même dans les périodes de marginalisation, d’exil ou d’adversité.
Cette constance morale, a-t-il souligné, constitue l’un des traits les plus marquants de son héritage.
Une pensée toujours d’actualité
La dimension universelle de la pensée d’Aït Ahmed a également été mise en évidence par Mustafa Barghouti, Secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne.
Établissant un parallèle entre les idées du leader algérien et la situation actuelle en Palestine, il a relevé une « grande similitude » entre la lutte du peuple algérien hier et celle du peuple palestinien aujourd’hui.
Pour Barghouti, Hocine Aït Ahmed était à la fois « un leader révolutionnaire et un grand penseur », dont de nombreuses idées conservent une étonnante actualité.
Son attachement aux valeurs de liberté, de justice et de démocratie dépasse les contextes historiques et continue d’inspirer les luttes contemporaines.
Un héritage politique et moral durable
Organisé par le Front des forces socialistes (FFS) à l’occasion du 10e anniversaire du décès de Hocine Aït Ahmed, ce colloque international a été marqué par une pluralité d’interventions mettant en lumière les différentes facettes de son parcours : le militant, le révolutionnaire, l’intellectuel, mais aussi l’homme de principes.
À travers ces échanges, une conviction s’est imposée : Hocine Aït Ahmed n’appartient pas seulement à l’histoire, mais aussi au présent et à l’avenir de l’Algérie.
Son itinéraire, fait de luttes, de sacrifices et de fidélité aux valeurs, continue d’interroger les générations actuelles sur le sens de l’engagement politique, la place de la démocratie et la nécessité du pluralisme.
Dix ans après sa disparition, le legs d’Aït Ahmed demeure vivant.
Il résonne comme un rappel constant que l’indépendance nationale n’est jamais un acquis définitif, mais un projet à construire et à défendre, jour après jour, au service du peuple et de la liberté.
Par Abed Meghit
